Odete

Film portugais de João Pedro Rodrigues

Avec Ana Cristina de Oliveira, Nuno Gil, João Carreira


Quinzaine des Réalisateurs (Festival de Cannes 2005)


Par Esther Castagné
 

Durée: 1h41

 

Ce cimetière tant aimé

Odete, une jeune portugaise se fait plaquer par son copain qui n'est pas décidé à lui faire un enfant et en a marre des crises que ça provoque inlassablement. Un couple d'homo manifestement très amoureux fête son premier anniversaire mais sur le chemin du retour l'un d'entre eux a un accident de voiture (bravo les portables !) et meurt. A priori aucun rapport (possible) entre ces deux histoires sauf quand un cinéaste malsain et gravement perturbé s'en mêle.

Le film commence bien même si on sent dès la première séquence une folie potentielle chez l'héroïne. C'est ensuite que ça déraille, quand les deux intrigues se croisent et fusionnent pour donner naissance à un film pénible. Pas uniquement parce qu'il est glauque et malsain, mais aussi parce qu'il est bête et gratuit. Ce n'est pas tellement au traitement cinématographique qu'il faut s'en prendre car João Pedro Rodrigues sait bien filmer. En revanche le propos est difficilement supportable. Peut-être est-ce le but recherché et alors c'est gagné. Mais il est quand même assez pesant de voir cette dingue faire une grossesse hystérique, choisir comme père à cette absence d'enfant un homosexuel récemment décédé qui vient de se marier – officieusement, symboliquement comme en témoigne leur échange d'alliances – à celui qu'il aime, et foutre la vie de la famille – naturelle ou élue – du défunt en l'air. Surtout que cet égarement donne lieu à des confusions de genre trop facile et attendue pour être crédibles et intéressantes. Odete se transforme en Pedro pour séduire l'homme de celui-ci qui la déteste déjà mais l'embrasse quand même. On a aussi droit à une séquence particulièrement pathétique si on ne la trouve pas insupportable de notre tarée faisant l'amour à la pierre tombale : l'orgasme absolu. Sans parler de la séquence convenue de l'homo qui baise au sauna. Bref, Rodrigues nous fait la totale mais ce n'est guère convaincant. Ça se veut certainement subversif et audacieux mais ce n'est que lassant et maladroit.