Sin City

Film américain de Robert Rodriguez

Avec Clive owen, Benicio Del Toro, Rosario Dawson, Brittany Murphy, Bruce Willis, Jessica Alba, Mickey Rourke, Elijah Wood





Par Esther Castagné
 
Sortie le 01-06-2005

Durée: 2h03

 

BD land

Trois histoires se croisent et parfois s'entremêlent à Sin City, la ville du vice et du pêché comme son nom l'indique. Celle de Hartigan, le seul flic intègre qui lutte contre la corruption régnante (qui d'autre que Bruce Willis pouvait interpréter un tel personnage !), celle de Marv, une brute épaisse métamorphosée – ou presque – par le bref instant d'amour et de douceur
qu'il a trouvé dans les bras de Goldie avant qu'elle ne soit méticuleusement assassinée à ses côtés, et enfin celle de Dwight, le protecteur des créatures qui hantent la ville et tentent de faire régner un semblant de loi dans le quartier qu'elles se sont approprié. Cet ordre précaire est constamment chamboulé par la folie et la soif meurtrière des uns et le désir de vengeance
et parfois même de justice des autres.

Ce jeu du chat et de la souris va donner lieu à de sanglants chassés croisés dans le labyrinthe interlope de Sin City. Cette adaptation de la bd homonyme écrite par Frank Miller qui est également co-réalisateur du film aux côtés de Robert Rodriguez (et Quentin Tarantino en guest star puisqu'il a tourné une scène du film) convainc par sa fidélité à l'½uvre d'origine tant dans la forme que dans le contenu. Il est impressionnant d'assister pendant deux heures à la lecture de cette bd sur grand écran. Les acteurs réussissent à revêtir totalement non
seulement la personnalité de leurs personnages mais aussi le caractère spécial et spécifique de ce genre si particulier qui se situe entre dessin et écriture. Tant les dialogues que l'image, au graphisme exceptionnel, témoigne de ce morceau de bravoure 'bdéistique'. Filmé en noir et blanc sur lequel se greffe par moment des couleurs vives et aussi violentes et agressives que le contenu du film, Sin City apparaît véritablement comme une bd filmée, animée, avec des personnages finalement vivants, et c'est peut-être là que réside la plus grande réussite du film.
On aime ou on n'aime pas, mais on ne peut nier le caractère authentique des effets visuels et les qualités esthétiques (une esthétique bien particulière mais une esthétique tout de même) de ce ovni dont personne n'aurait pu imaginer qu'il trouverait sa place au Festival de Cannes. La violence d'une grande partie des scènes est atténuée par le côté irréel du film où évoluent des acteurs 'bdéisés', personnages fictionnels, voire mythiques, mais qui ne trouvent pas leur
place dans notre monde à nous, tout au plus dans un univers parallèle dans lequel nous plongeons l'espace de deux heures.
Le côté quasi gore de Sin City est aussi atténué par le noir et blanc et les couleurs saturées et paradoxales (le sang n'est plus nécessairement rouge) qui apparaissent parfois en surimpression. L'humour aussi permet de distancier réalité et fiction et de supporter les dizaines de crimes et autres atrocités auxquelles on assiste placidement. Un peu trop d'ailleurs car il peut être dangereux de montrer cette cruauté et ce sadisme de façon aussi anodine, des fois que ça donne des idées… Il ne nous reste plus qu'à prier pour notre rédemption ou notre sauvegarde, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.