The Yes Men

Film américain de Smith, Ollman, Price

Avec Andy Bichlbaum, Mike Bonanno


Sélection Festivals de Sundance, Toronto, Berlin


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-04-2005

Durée: 1h23

 

Poisson d'avril

Je suppose que ce n’est pas un hasard si ce film sort exceptionnellement un vendredi, le 1er avril. Dans le genre blagues hénaurmes, on a rarement fait mieux et le couple Andy Bichlbaum / Mike Bonanno entre en fanfare dans le Panthéon des provocateurs qui accueille déjà, entre autres, Francis Blanche, l’entarteur belge Noël Godin et, bien entendu, Michael Moore. Mais ces deux nouveaux dépassent de loin les anciens.

Au début, ils se sont fait connaître en ayant détourné des jeux vidéo bourrés de violence virile et en transformant leurs super héros en gays lubriques. Stupeur de la clientèle scandalisée. Sur cette lancée, ils ont ensuite interverti les modules vocaux des poupées Barbie avec celles des G.I. Joe, pour la plus grande joie des gosses. Puis ils ont infiltré le site internet de G.W. Bush durant sa campagne électorale au grand dam de ce dernier. Enfin, ils ont créé un site parodiant l’ex-G.A.T.T. (devenu l’O.M.C., Organisation Mondiale du Commerce) pour répondre froidement aux questions que posaient les internautes en exagérant la logique cynique des dirigeants de cette Organisation, si bien que plus c’était énorme, moins les gogos soupçonnaient la supercherie.

De là à passer pour de véritables membres de l’O.M.C, il n’y avait qu’un pas allégrement franchi par nos deux lascars qui, vêtus de costumes BCBG achetés d’occasion aux puces, le cheveu coupé ras et la Rolex en plastique au poignet, sont allés faire des communications ahurissantes, sous des pseudonymes cocasses, invités dans divers congrès internationaux consacrés à l’économie mondiale. Il faut les entendre et voir, Power Point à l’appui, leur intervention en Finlande, à propos de l’esclavage et de la Guerre de Sécession, qui se termine par la présentation d’un incroyable costume en latex, destiné au confort des P.D.G. modernes. Le plus stupéfiant, c’est que, non seulement la police ne vient pas les expulser, mais que les congressistes écoutent religieusement les inepties développés jusqu’aux applaudissements qui saluent la conclusion de leur speech. (N’oublions pas que ces deux provocateurs se glissent entre des allocutions des équivalents de Mr Greenspan ou du baron Seillière). Gardant leur sérieux, alors que le fou rire devrait les terrasser, ils forcent l’admiration, d’autant que la violence de leur démonstration est bien plus efficace que les folkloriques manifs des altermondialistes traditionnellement matraquées par la police. L’idée géniale de Mike et Andy est de développer jusqu’au bout la logique économique du libéralisme, sans la déformer ni l’attaquer, ce qui les met jusqu’ici à l’abri des poursuites judiciaires. Les péripéties de ces pince-sans-rire sont filmés par un trio de réalisateurs (Chris Smith, Dan Ollman et Sarah Price) qui se partagent les tâches. On pourrait croire que la télévision devrait être le support idéal de diffusion pour ce pamphlet, compte tenu de la grande audience immédiatement réunie, mais, exceptionnellement, il est préférable de le voir en salle, au milieu des éclats de rire d’un public stupéfait.