Lucia y el sexo

Film espagnol de Rulio Medem

Avec Paz Vega, Tristán Ulloa, Najwa Nimri, Elena Anaya, Daniel Freire...


Film interdit aux moins de 12 ans


Par Raphaël Lefèvre
 

Durée: 2h11

 

" Lucía " vient de lux : lumière

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le prénom de l’héroïne a été bien choisi. Car c’est un personnage lumineux, dans un film qui l’est tout autant. Un film difficile à raconter, qui met en scène, autour de la Lucía en question, plusieurs personnages vivant des drames intimes liés les uns aux autres sans qu’ils ne le sachent – et qui se rejoignent à la fin. Un film complexe sur la passion, naviguant habilement d’un flash-back à l’autre et mettant en œuvre d’enivrantes mises en abyme. Ainsi la fin, bien loin d’être un retournement poussif, est la conclusion logique de ce conte merveilleux.

Il y a bien quelques maladresses : un certain excès d’effets visuels et sonores, des moments un peu kitsch et un manque de réelle unité esthétique. Mais certains plans sont magnifiques, comme ceux, surexposés, sur une île méditerranéenne, et le film, emporté par un souffle irrésistible (on ne voit pas passer ses 2h11), fait preuve de bonnes idées (voir l’utilisation poétique d’Internet) et développe une atmosphère fascinante, intrigante, singulière.

C’est un mélo, mais ça n’est pas un mélo. Disons que toutes les situations mélodramatiques sont sauvées par une manière originale. Par la justesse ? Non, pas vraiment. D’ailleurs, on n’est pas dans la réalité. Si Madrid et Valence " existent " dans l’univers du film, le lieu principal en est cette île merveilleuse de la Méditerranée, sur laquelle des âmes solitaires au passé douloureux se retrouvent et forment un embryon de communauté. Quoi qu’il en soit, les scènes d’émotion sont toujours traitées de manière inattendue. En fait, ce mélo initiatique est transcendé par cette capacité typiquement méditerranéenne (très sensible chez Almodóvar) à mêler avec talent crudité et lyrisme, tristesse et gaieté, excès et retenue, bon et mauvais goût… Tout un pan du tempérament latin, qui aime les histoires tragiques mais refuse avec fierté d’en pleurer, se retrouve dans ce film tour à tour apaisé et fiévreux.

C’est un film érotique, mais ça n’est pas un film érotique. Spectateurs pudibonds, passez votre chemin ; amateurs de " bonne chair ", réjouissez-vous : le titre tient ses promesses. Du sexe, c’est sûr, il en est plus que question. Mais il n’est ni racoleur, ni pseudo intellectualisé. Qu’on le voie sous forme d’étreintes sauvages, de jeux érotiques ou de caresses romantiques, il est toujours beau, naturel et magnifiquement filmé. Sans pudeur, mais encore une fois avec talent. Et si Médem sait filmer les femmes (Dieu, que la lumière est belle sur le corps d’une jolie femme…), ça ne l’empêche pas de filmer aussi les hommes sous toutes les coutures. Comme ça, tout le monde est content ! Voilà un pas de plus vers la parité…

Malgré l’importance des différents rôles, c’est bien le personnage éponyme qu’on remarque le plus : l’attachante Lucía, jouée par une délicieuse actrice répondant au doux nom de Paz Vega. D’abord, on lui trouve des faux airs de Carrie-Anne Moss, avec son côté " femme forte ". Et puis non, finalement, ce serait plutôt Juliette Lewis et son physique d’éternelle gamine. Finalement, on ne peut s’empêcher de la comparer à Penélope Cruz - dont on dit d’ailleurs qu’elle va être la " remplaçante " dans le cinéma espagnol d’aujourd’hui. Mais toutes ces comparaisons sont bien stériles : elle est Paz Vega, elle est unique et elle domine de son charme cette œuvre touchante (ainsi que le savoureux film muet de Parle avec elle). Et cela sans pour autant faire de l’ombre à ses partenaires, comme Najwa Nimri (déjà vue dans Ouvre les yeux d’Amenábar), que Médem avait déjà dirigée dans Les Amants du cercle polaire. Film dont il ne reprend d’ailleurs pas que l’actrice, mais certaines obsessions : comme dans Les Amants…, Médem parle de l’amour éternel, du désir et des coïncidences à travers un traitement formel très stylisé, cyclique et métaphorique qui, s’il en irritera certains, envoûtera les autres.