Mon Ange

Film français de Serge Frydman

Avec Vanessa Paradis, Vincent Rottiers





Par Esther Castagné
 
Sortie le 19-01-2005

Durée: 1h34

 

Seuls au monde – ou presque

Qu'est-ce qui amène deux êtres à se rencontrer? Le hasard, le destin, les circonstances ? Là, c'est juste un coup de téléphone. D'une pute qui s'apprête à sortir de taule et qui demande à l'inconnue au bout du fil d'aller chercher son fils Billy et de le lui amener à la gare. La fille sur qui elle tombe, c'est Colette, une paumée qui se prostitue juste parce qu'elle veut très fort un enfant et qu'elle a peur de «rater son tour». Comme c'est une brave fille, elle fait ce qu'on lui a demandé, d'autant plus que Billy a «la clef». La clef, c'est celle de la consigne où la mère a planqué tout son fric pour que son mac ne le lui pique pas: une fortune… Assez pour recommencer une nouvelle vie, ou pour perdre la sienne. Entre Colette et Billy, ça va être le coup de foudre, tout de suite, surtout pour Billy.

Mais il va falloir s'apprivoiser pour rendre possible cet amour. Tout l'amour qu'ils ont en eux et qu'ils attendent de donner. Parce qu'ils sont seuls tous les deux, et rêveurs aussi, et que là ils ont trouvé le morceau manquant: le bon numéro. Le bon numéro c'est aussi leur rencontre même si elle est compliquée et sans cesse mise en danger parce que c'est dur de s'engager, dur d'être responsable, dur de comprendre et d'accepter d'aimer et qui on aime.
Serge Frydman, scénariste inspiré de La Fille sur le Pont, réalise ici son premier film toujours aussi sentimental mais qui malheureusement, à force d'être fleur bleue, tend vers le guimauve, surtout dans les dialogues. La musique, en revanche, bénéficie du talent de Tom Waits et de la voix sulfureuse du King. Ceci dit, Vanessa Paradis joue toujours aussi bien, mais c'est peut-être surtout Vincent Rottiers qui impressionne. Il dégage une intensité et une maturité exceptionnelles et campe son personnage de façon subtile et nuancée. Il est un adolescent responsable et protecteur bien plus adulte que ne le laisserait croire son apparence physique, encore un peu enfantine. Face à lui, le personnage de Colette apparaît dans toute sa fragilité. Le rapport s'inverse alors: celle qui est censée être responsable devient assistée et celui qui doit être protégé veille et s'inquiète. Cette ambivalence de leur relation, de leur statut, le caractère indéterminé de leurs âges respectifs (la moue toujours enfantine de Vanessa Paradis, l'air grave de Vincent Rottiers)  rendent l'histoire d'amour plausible, même si l'inceste point à tout moment. Certes, elle est «la fille qui est venue  [le] chercher» mais elle est aussi celle qui va lui servir de mère de substitution. Mais puisqu'ils sont prédestinés, quel ange oserait s'opposer à leur union ? Ils ont trouvé en l'autre leur ange à eux...