Melinda et Melinda

Film américain de Woody Allen

Avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Amanda Peet, Chiwetel Ejiofot, Will Ferrell, Johnny Lee Miller





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-01-2005

Durée: 1h40

 

Woody et Woody

Dans un restaurant new-yorkais, verre en main, des amis discutent de l’art dramatique : on se croirait à Saint-Germain-des-Prés, dans les années cinquante. Vous avez deviné : c’est le début du Woody Allen de l’année. Sy, auteur de comédies, qui ne voit que l’aspect léger des choses, affronte Al, auteur de tragédies qui pense que l’existence humaine est pathétique. Bien entendu, ce dernier est plutôt un joyeux compagnon alors que le «comique» est d’un naturel angoissé. Prenant un canevas simple (Melinda, jolie jeune femme en crise, vient s’incruster dans un dîner mondain), les deux écrivains s’exercent à traiter alternativement les deux parcours possibles du développement de cette histoire : le gai et le triste. On imagine avec quel plaisir Woody développe cette comparaison pirandellienne qui a souvent tenté les cinéastes.

Bien que la comédie soit l’essentiel de son oeuvre, Woody Allen s’est lui-même essayé avec talent dans le drame, comme en témoignent Interiors et Hanna and her Sisters, preuve d’un goût réel pour les situations tragiques. Dans Melinda et Melinda, il entrelace avec subtilité les deux récits antagonistes interprétés par deux groupes de comédiens différents, autour de Melinda jouée par la seule Radha Mitchell. Il échappe ainsi à l’aspect systématique (comédie vs drame) et aux numéros d’acteurs qui auraient changé mécaniquement de style selon la tonalité de la séquence. Bien entendu, tous les éléments désormais classiques de l’univers allenien sont au rendez-vous : amours difficiles, trahisons, jalousies, incommunicabilité… Tout ce petit monde est extrêmement bavard, on s’en doute, mais comme il s’agit de théâtraliser le postulat de départ, ce reproche ne peut vraiment être pris en compte.

Atteint par la limite d’âge, Woody a confié son personnage (c’est de plus en plus fréquent depuis Kenneth Branagh dans Celebrity) à Will Ferrell qui bégaie, geint et cherche ses mots à sa place, mais cet effort sent un peu le Canada Dry et ne remplace pas l’original. Wallace Shawn, lui-même auteur dramatique et archétype de l’intello new-yorkais depuis My Dinner with André, incarne parfaitement le volubile Sy. L’ensemble de l’interprétation est irréprochable comme à l’accoutumé. Les mélomanes amateurs de la petite musique venue de Manhattan ne manqueront pas leur rendez-vous annuel, malgré l’inévitable sensation de déjà entendu qu’elle dégage.