Printemps dans une petite ville

Film chinois de Aktan Abdykalykovn

Avec Hu Jingfan, Wu Jun, Xin Baiqing,Ye Xiaokeng, Su Sisi





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-01-2004

Durée: 1h56

 

MELO ZEDONG

Printemps dans une petite ville (de laquelle nous ne verrons qu'une rue calcinée et quelques maisons en ruines) se déroule en Chine, dans l'immédiat après-guerre. Liyan, jeune homme de santé fragile habite une belle maison épargnée et fait chambre à part, laissant à sa jeune épouse, Yuwen, le plaisir des tâches quotidiennes et des promenades solitaires, mais guère celui du devoir conjugal. Il taille ses arbustes tandis que, dans le lointain, on entend passer les trains à vapeur. La douceur du printemps et l'arrivée inopinée de Zhichen, ami d'enfance de retour après dix ans d'études de médecine, semblent revigorer le faible Liyan, d'autant que son état de santé n'inquiète guère le jeune Dr Zhichen qui lui prescrit de simples bains de soleil. Xiu, la petite soeur lolitesque de Liyan et le vieux domestique de la maison sont ravis de l'effet bénéfique du visiteur sans se douter du drame que vivent Yuwen et Zhichen qui se sont aimés avant cette longue séparation. L'épouse frustrée en reprendrait bien une louche, mais (comment dit-on cornélien en chinois ?) Zhichen hésite à trahir son vieil ami qui a évidemment perçu le trouble de sa femme. Pour favoriser les amants hésitants, Liyan se suicide donc. La maisonnée est catastrophée. Mais le brave Zhichen ressuscite le moribond en lui tapant dans le dos (nouveau miracle de la médecine chinoise), et préfère reprendre le train pour de nouvelles aventures.

La mise en image extrêmement esthétisante de ce scénario n'aide guère l'adhésion à cette histoire qui se traîne aussi lentement que les acteurs se déplacent. Ce maniérisme démontre qu'une succession de beaux plans considérés chacun comme une fin en soi (et non pas comme les éléments d'un tout) n'aboutit pas forcément à un film réussi. Il n'y a pratiquement jamais de plans fixes et la caméra glisse en permanence dans tous les sens comme si le réalisateur craignait que son cadreur ne s'endorme durant les tunnels de dialogues qui jalonnent le film. Des amorces de branchages ou de fenêtres se déplacent perpétuellement entre les acteurs et nous, quelque soit le décor, finissant de détourner ce qui nous reste d'attention pour les dialogues échangés.

Petite curiosité historique : à l'époque où se situe l'action (1946), Tchang Kaï Tchek se disputait encore le pouvoir avec Mao Zedong. On peut en déduire que les ruines de la petite ville doivent être dues à la guerre civile qui s'est prolongée jusqu'en 1949. Aucun éclaircissement historique n'est donné sur ce point, ce qui est assez rare dans le cinéma chinois, habituellement plus disert sur la victoire de la guerre révolutionnaire.