Les lionceaux

Film français de Claire Doyon

Avec Lisa Lacroix, Marie Félix





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 24-12-2003

Durée: 1h17

 

Jalousie et tenues légères, comme un "pschitt"

Sur une île perdue au milieu d’on ne sait où, deux jeunes filles habillées fort légèrement gambadent et jouent. Elles sont s½urs, joyeuses et ingénues parce qu’elles ont des parents babas cools, avec des coupes de cheveux impossibles et des prénoms qui ne ressemblent à rien. Elles se retrouvent bientôt seules, abandonnées par l’autorité parentale, face à l’étrangeté incarnée : un jeune garçon, qui va mobiliser toute leur attention.

L’histoire est très vite résumée, mais ce n’est manifestement pas elle qui occupe principalement la réalisatrice. Disons, pour ne pas utiliser le terme "esthétisant", que tout cela baigne dans une atmosphère très lumineuse et faussement poétique, où les mots eux-mêmes, jugés sans doute trop lourdement significatifs, ont été dynamités. En se débarrassant du langage commun, les personnages dialoguent de façon vaguement reconnaissable et audible et semblent surnager dans un océan de ruines, constitué des mots qu’il a bien fallu oublier pour faire du cinéma. On se contente désormais de gestes, de poses, de tenues, de grognements, d’attitudes, de rires. Et pourtant, à part une première séquence formidablement écrite, drôle et inattendue (c’est aussi celle où l’on parle le plus) qui fonde d’ailleurs le cinéma en tant que "pschitt", peu ou pas d’humour. Ce qui pose forcément problème dans ce type d’espace-temps prétendument féerique où l’on est censé se passer de tout ou presque, et quitter dans un même mouvement les rives trop prisées d’un cinéma narratif, qui raconte des histoires que l’on pourrait (quelle horreur !), comprendre. Ici, tout n’est que suggestion, et les personnages, bien entendu, en pâtissent : aucune forme d’émotion ne s’en dégage, à part un petit sentiment de malaise, parfois, lorsque le jeu de ces nymphettes devient vraiment trop lourdement maniéré et tournicotant. Pas de tension ni d’enjeu réels, et pas de rythme endiablé non plus.

Pourtant prêt à faire de la notion de "pschitt" un nouvel adage de vie, prêt également à perdre de vue avec délice les décors ultra urbains qui fondent le cinéma français, on se retrouve là un peu abandonné, et finalement pas vraiment convié à un festin, visiblement gai et un peu magique, qui ne nous aère pas autant qu’on nous l’avait promis.