Les Looney Tunes passent à l’action

Film américain de Joe Dante

Avec Brendan Fraser , Jenna Helfman, Steve Martin





Par Frédéric-Pierre Saget
 
Sortie le 10-12-2003

Durée: 1h30

 

Mangez chez Joe.

Nous nous souvenons tous des Gremlins. Joe Dante, le réalisateur, est un " élève " de Spielberg et un spécialiste des divertissements grand public détournés. Son dernier film, Small Soldiers, ne devait être qu’une pub d’une heure et demie pour des produits dérivés déjà existants. Mais Joe Dante, à la place, a réalisé une critique acide de la violence rentable. Résultat : bon film, flop commercial. Pourtant, revoilà Joe en possession d’un budget assez conséquent pour réaliser le film-de-Noël-de-la-Warner-pour-les-enfants avec, en vedette, les Looney Tunes.

Ces Looney Tunes passent à l’action pour empêcher le président d’Acme, projection toonesque des grandes productions hollywoodiennes, de transformer la population mondiale en peuple de singes. Le souhait du PDG d’Acme est de faire trimer ces singes trois dollars l’année pour, ensuite, les retransformer en humain afin qu’ils achètent les produits qu’ils ont fabriqués. Un nouvel attentat contre Hollywood, doc ?

Après une ouverture Roger Rabbitienne, à savoir cartoon puis tournage du cartoon, Joe Dante explique que la magie-noël-Warner risque de ne pas être au rendez-vous : au bout de dix minutes, la tour Warner, symbole du studio, s’effondre à cause d’un Toon. Voici les rois de l’illusion cinématographique déchus à cause d’une créature on ne peut plus illusoire. L’enjeu du film est là : montrer que tout est faux.

La galerie d’acteurs, humains, cette fois, vient le rappeler : Brendan Fraser joue le cascadeur qui doublait Brendan Fraser dans la Momie, Timothy Dalton, ex mauvais James Bond, incarne un acteur, au rôle d’espion, et se révèle être un véritable espion et Steve Martin est une marionnette désarticulée dirigeant une société pour toons. Délirant ? Non, point du tout… Juste un peu irréel. Et pourtant, ces acteurs défendent la vraisemblance du film : ils tombent dans le vide quand il faut, passent au travers des trompe-l’½il, ont peur de mourir...

Les toons, eux, ont bien compris que rien n’était réel : ils se fondent dans les trompe-l’½il, ils affirment qu’un tas de boue est une batmobile… On s’en fout, c’est un film et ça n’obéit pas aux lois du monde réel. A partir de là, seuls les toons peuvent maîtriser l’objet cinéma et lui imposent leur dictature : quand Bugs Bunny parodie Psychose, caméra, son et montage sont obligés de le suivre et parodient aussi. Cette maîtrise de l’objet cinéma met parfois en péril la fabrique d’illusion qu’est Hollywood en s’attaquant à ses fondements : Sam flingue le cliché, Bugs dénonce les sponsors. Discret, mais efficace. Et révélateur du projet que Joe Dante développe depuis de nombreux films : s’ensevelir dans le pire du cinéma hollywoodien pour le faire imploser de l’intérieur et obtenir ne serait-ce qu’une seconde de beauté. Ici, c’est un travelling arrière dans le Louvre où les toons batifolent, transfiguré par les tableaux des grands maîtres, apportant la beauté de l’Art à travers la laideur kitch ( il faut voir les décors ! ) de ce qui n’aurait du être qu’un produit manufacturé. A voir, ne serait-ce que pour ce plan. Et pis, on s’marre un peu, quand même !