Thirteen

Film américain de Catherine Hardwicke

Avec Rachel Wood, Nikki Reed, Holly Hunter





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 10-12-2003

Durée: 1h35

 

Treize ans et des poussières…
Elles avancent sur Melrose Avenue comme si le monde leur appartenait enfin. Elles marchent d’un même pas, leur jean taille basse possède la petite ceinture en cuir dont elle rêvent, leur cheveux sont longs, raides, retenus par de petites barrettes argentées ; on aperçoit le piercing dans le nombril, et on devine, dans leur sourire confiant, celui qui orne leur langue. Elles ont treize ans, elles en font vingt cinq.

Le film pourtant, s’évertue à les différencier : Tracy ne sera jamais Evie et vice versa, l’une est l’initiatrice de l’autre, leurs rapports sont très calculés, et rien entre elles n’est interchangeable. Leurs histoires personnelles n’ont rien à voir, les courtes vies qui ont précédé leur rencontre ne peuvent à aucun moment être comparées. Evie vient de nulle part, son histoire est trouble. Elle s’échappe souvent, disparaît, rejoint un hors champ dont le film ne rend pas compte. Son sourire vainqueur, mutin, connaisseur, le sourire de celle qui a déjà tout fait, tout vécu, nous le rappelle constamment : sa vraie vie est ailleurs. Les fringues, la drogue, les mecs, la vie de la nuit, voilà en quoi consiste son enseignement. Parvenir à une forme de marginalité, devenir adulte plus vite que prévu.
Tracy est celle dont le film raconte l’histoire. Elle ouvre de grands yeux, souffre, prend parfois les devants sous le regard intrépide de celle qui lui offre ce monde nouveau. Tracy est malheureuse chez elle, ne s’accommode pas de l’atmosphère confinée qu’elle partage avec sa famille. Les espaces s’interpénètrent, les cris transpercent les murs, les regards circulent. Face à Evie, Tracy incarne le malaise : elle retient ses
Une justesse de ton soutient le moindre plan du film. Parfois amusée, parfois inquiète, la caméra suit ces jeunes filles, décrit avec délicatesse un quotidien qu’elles tentent de toutes leurs forces de rendre magique et inoubliable. Malgré toutes ces qualités, le film demeure un produit un peu trop parfait, jusque dans sa crudité, qui répond admirablement à la tendance bien plus hard incarnée par Larry Clark. On regrette cependant un léger penchant « branché », mode, voir racoleur dont le film pouvait amplement se passer.