Matrix Revolutions

Film américain de Andy et Larry Wachowski

Avec Kaenu Reeves, Carie-Ann Moss, Laurence Fishburne





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 05-11-2003

Durée: 1h30

 

La Matrice s’en prend au spectateur

Il est angoissant de retrouver des personnages que l’on connaît et de constater leur non-évolution. Pas un seul changement n’est intervenu depuis le premier volet de Matrix : Neo continue de parler tout seul, de se concentrer sur une mission que seul son esprit peut lui dicter, Trinity est toujours prête à le suivre, et à se sacrifier pour lui (on peut désormais l’appeler " Trin ", comme le temps passe…), l’un et l’autre ne se dérident jamais. Ce manque d’humour est peut-être la cause de la lourdeur du film.

Eduqués à la science fiction cinématographique par le biais, entre autres, du personnage de Ian Solo dans Star Wars, il nous semble aujourd’hui difficile de conduire n’importe quel vaisseau spatial sans rigoler de temps en temps. Autant dire que là, ce n’est pas vraiment l’ambiance. D’ailleurs, la mort de " Trin " illustre parfaitement ce problème : un plan serré sur elle, après un atterrissage forcé, nous la montre affaiblie. Néo, devenu aveugle (pas toujours facile d’être l’Elu), se penche vers elle, et comprend à son ton de voix qu’elle ne va pas très bien. Le plan s’élargit, et l’on découvre cinq ou six piques de fer plantées dans son ventre. On sent la fin proche. Mais Trin, qui est vraiment très courageuse, répond aux angoisses de Neo : " It’s all right, I’m OK. " Or, qui peut se sentir le moins du monde " OK " dans un pareil état ? La salle entière éclate de rire, et démontre ce que l’on sentait depuis le début : ces personnages ultra rigides ne sont plus capables de transmettre la moindre émotion. Pris à leur jeu, ils ne font même plus la différence entre une scène forte et une scène de moindre importance. Tout est envisagé de la même façon, dans un même registre chorégraphié et sans surprise, sans aucune variation de ton. L’humour en tant que tel est absent des dialogues et des situations, qui à lui seul établirait une distance et briserait l’équilibre ténu sur lequel repose cette mascarade. Au spectateur de se détacher seul, de temps en temps, de cette atmosphère oppressante, et de faire preuve ainsi de son autonomie, du besoin d‘air et de souffle nécessaire à ce type de scénario. Le film est d’un seul bloc, visuellement difficile à supporter, auditivement exécrable, et finalement prétentieux.