Veronica Guerin

Film américain de Joel Schumacher

Avec Cate Blanchett, Gerard McSorley, Ciaran Hinds





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 01-10-2003

Durée: 1h38

 

Voilà un film d’action, pauvre, comme on en a vu des centaines. L’histoire d’une journaliste qui choisit de braver les tabous et les non-dits en s’attaquant à la pègre locale : de gros trafiquants de drogue qui fournissent les enfants des quartiers ouvriers de Dublin.

Le début du film fait effectivement froid dans le dos : dans les cités, on joue négligemment avec les seringues usagées, pendant que des filles-mères de quatorze ans se piquent, leur bébé dans les bras. Seule contre tous, de plus en plus menacée, la journaliste propre sur elle et bien dans sa peau va faire éclater au grand jour ces pratiques et tenter de faire tomber les têtes. Elle écrit dans un journal à gros tirage et devient vite connue pour son franc parler et son courage. Ses méthodes sont nouvelles : journaliste de terrain, elle ne craint pas de faire son travail là où il a véritablement lieu, dans les bordels sombres, les ruelles désaffectées.

Malheureusement, il manque à ce film tout ce qui aurait pu le rendre intéressant. Les motivations réelles de ce personnage nous demeurent inconnues. Véronica ne se livre jamais. Le film enchaîne action sur action, sans aucun souffle, sans moment de recul, de récit, d’explication, voire de remise en question. Cette femme est une machine, qui avance, sans émotion. On aurait aimé savoir pourquoi elle choisit une vie si risquée, si dure, comment elle organise ses journées, qui elle rencontre, pourquoi et comment. Comment elle écrit ses articles, comment elle choisit ses sujets, comment elle fait avancer ses enquêtes. A l’image, elle ressemble à une femme avec seulement un peu de caractère, qui va là où il faut. Il nous manque le coup d’œil pratique, de la même façon que dans James Bond, le moment où il allait choisir ses armes et ses gadgets était essentiel : enfin on voyait comment ça fonctionne un agent secret. Voilà ce qu’il manque au film : raconter ce que c’est qu’une vie passée à traquer de vrais méchants. Évidemment, on préfère décrire la vie familiale bouleversée, le mari traumatisé, l’enfant menacé… L’émotion bête et facile prévaut alors qu’elle aurait aussi bien pu se loger ailleurs. On assiste à de longs moments familiaux lourds et sans grâce, qui ne servent qu’à illustrer son envie farouche à elle de continuer la lutte, face aux membres de sa famille qui la supplient tous d’arrêter. Pourquoi toujours appuyer sur cette touche-là quand on en connaît si bien le fonctionnement ? Toutes ces méthodes élimées font du film une suite ininterrompue de séquences prévisibles, attendues, qui lui retirent définitivement tout son charme.

On peut toujours rêver à un autre film. Celui-ci est malheureusement inspiré d’une histoire vraie, on ne va quand même pas demander l’impossible .