Les Triplettes de Belleville

Film fran├žais de Sylvain Chomet
Film d’animation.

 
Sortie le 11-06-2003

Durée: 1h19

 

Mamy Nova

Dans un petit pavillon de banlieue, un moutard grassouillet et atone, Champion, sous le regard bienveillant de sa grand-mère surdévouée, assiste impassible à la retransmission télévisuelle de l’arrivée de trois divas des cabarets de Belleville. Belleville, ce n’est pas ici ce petit quartier populaire de Paris – mais une métropole, synthèse improbable entre le gigantisme new-yorkais et le Saint-Germain des Prés de Boris Vian. D’énormes bourgeoises felliniennes s’extraient péniblement de taxis minuscules accompagnées de leurs maris chétifs. L’une a perdu le sien. Un plan de caméra vertigineux nous révèle sa cachette : entre les fesses de sa bourgeoise ! Le concert auquel on assiste, de bouillonnant devient complètement délirant. Mais ce divertissement hilarant et imprévu n’altère nullement l’apathie et l’ennui du petit garçon. Sa grand-mère, Souza, monstre de gentillesse, d’abnégation et de détermination désespère de lui trouver une passion : elle lui offre un chien, mais rien n’y fait.

Tout d’un coup vient une révélation : Souza achète au petit Champion un tricycle et le marmot ne décolle plus de sa selle. Le vélo devient toute sa vie. Champion, toujours à vélo, ne prononcera pas une parole avant la fin du film – il roulera.

Les années passent et le monde change. Arrive le jour du premier Tour de France, événement national annoncé par un Général de Gaulle impayable. Champion, devenu adulte, coaché par une Souza-Guy-Roux, court et se fait enlever par la pègre des bookmakers bellevillois du cyclisme. La grand-mère, bricoleuse et débrouillarde, se lance à son secours dans une odyssée délirante à travers la ville tentaculaire.

Film d’animation aussi exubérant que désopilant, Les Triplettes de Belleville nous plonge dans un monde extravagant, contraction audacieuse de l’imagerie des Trente Glorieuses et du gangstérisme chicagolais des années 30: une industrialisation et une urbanisation vertigineuses, le développement des sports populaires, la féerie du jazz new-yorkais et la pègre d’Al Capone et des jeux clandestins. Un petit bijou d’animation dont la virtuosité technique saisissante, accompagnée d’une profusion de trouvailles visuelles et comiques, est toujours au service d’un récit palpitant. Le rythme est détonnant, fluide et imprévisible. La magie musicale et visuelle de Fantasia ; mais avec l’inventivité mordante, la dent dure, l’expressionnisme d’un Tex Avery.