Les lois de l'attraction
The rules of attraction

Film américain de Roger Avary
D’après le livre de Bret Easton Ellis

Avec James Van Der Beek, Shannon Sossamon, Jessica Biel





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 12-03-2003

Durée: 1h50

 

Roger Avary, génial co-scénariste de Reservoir Dogs et Pulp fiction, revient neuf ans après son premier long métrage, l’ultra violent et très controversé Killing Zoe, avec l’adaptation du sulfureux, satirique et dévastateur roman de Bret Easton Ellis, Les Lois de l’attraction. On se souvient de l’adaptation d’American Psycho (du même Ellis) au cinéma: plutôt décevant. On craignait donc à nouveau un film médiocre: il n’en est rien. Les Lois de l’attraction est une (très) bonne surprise.

Le film reprend en gros la trame du bouquin et dépeint la vie quotidienne d’étudiants friqués, drogués et " partouzeurs " sur un campus américain.

Loin du teenage movie de base à la American Pie, le réalisateur se veut ouvertement critique, usant d’un humour privilégiant le cynisme (de rigueur ici) plutôt que les gros gags potaches. Illustrant avec une justesse rare les préoccupations quotidiennes de ces étudiants décadents, à savoir le sexe et la drogue, il dépeint un monde désespérant où chacun " marche à l’instinct " et où, précisément, il n’y a aucune " loi de l’attraction ", mais où le mot d’ordre semble être " pulsions " et " indifférence ". Une fille dépucelée par un inconnu et amenée à faire une gâterie à son prof de philo (scène géniale et horrible!); une autre qui se suicide parce que celui qu’elle aime l’ignore; un étudiant complètement ivre faisant un esclandre devant sa mère dans un restaurant, en criant qu’il s’appelle " Dick " (traduction censurée…); autant de scènes cyniques et pourtant réalistes, racontées sans état d’âme par trois des protagonistes qui, vivant à quelques pas l’un de l’autre, ne se connaissent même pas. " Personne ne connaît jamais personne. ": ce constat pessimiste débité par deux des personnages fait alors des Lois de l’attraction, en plus d’une peinture acerbe de cette bourgeoisie décadente, un film sur l’absence de communication. Au campus, personne ne se connaît. Soit on parle pour ne rien dire, soit on baise. Ainsi, le campus est un lieu, une société, où coexistent les individus mais pas les points de vue, les intimités: seuls les corps fusionnent, laissant l’esprit ailleurs, comme cet étudiant qui en faisant l’amour avec une fille, pense à une autre. Le livre montrait bien cela en alternant les points de vue de différents personnages sur un même événement. Le film, lui, ne choisit pas ce principe (pourtant très représentatif) mais utilise une mise en scène qui, pouvant paraître artificielle, participe pourtant intelligemment du propos du film et évoque ce sentiment d’indifférence et de détachement. Le film commence dans une " party " (la " Prêt à baiser " qui en dit long sur les motivations de ses participants), on y suit la petite histoire de quelqu’un puis le film procède à un retour en arrière pour revenir à son point de départ et se fixer sur une autre petite histoire. Ainsi, le réalisateur illustre bien ce salad-bowl d’histoires personnelles. Tout au long du film, Avary utilise judicieusement la mise en scène et le montage pour épouser le point de vue de ses personnages, avec des scènes parfois très lentes (sous l’influence du shit, pourrait-on dire…), et parfois extrêmement speed (plutôt acide ou coke). On pourra alors rapprocher Les lois de l’attraction de Requiem for a dream, même si ce dernier réussit mieux à illustrer la descente aux enfers de ses personnages.

Le film est également construit, à l’image du bouquin, en forme de cycle et c’est peut-être cela le plus flippant dans l’histoire: ainsi, il commence et se termine sur un mot en milieu de phrase, comme pour nous signaler que ce qui est montré n’a littéralement ni début ni fin, ni queue ni tête et est tout simplement et désespérément déterminé à ne pas s’arrêter!

Malgré quelques passages du livre qu’on aurait bien aimé un peu plus développés (notamment la relation entre Sean et Paul) et quelques scènes un peu lourdes (celle du restaurant est quand même limite surjouée), Les Lois de l’attraction est un bon film, très réaliste sur la jeune bourgeoisie américaine, et aurait très bien pu s’appeler (cette fois-ci, sérieusement): les " sentiers de la perdition "…