UNE FEMME HEUREUSE (THE ESCAPE)

Film anglais de

Avec Gemma Arterton, Dominic Cooper, Jalil Lespert, Marthe Keller, Frances Barber





Par Henri Lanoë
 

 

Unhappy ending?

Dominic Savage est un auteur-réalisateur formé par la National Film and Television School britannique qui a commencé sa carrière comme documentariste avant de passer à la fiction en écrivant et réalisant des téléfilms. En 2005, son premier long-métrage Love+Hate, traitant du racisme en Angleterre, remporte de nombreux prix dans les festivals. Il revient vers les téléfilms jusqu’en 2016 où il met en chantier Une Femme Heureuse d’une façon originale. Bien qu’auteur de tous les scénarios qui ont jalonné sa carrière, il demande à la comédienne Gemma Arterton de participer à l’élaboration de ce nouveau projet de film : la vie de Tara, une femme mariée aimant son mari et ses enfants, mais que la vie monotone de femme au foyer va conduire à l’irrépressible envie de fuir les tâches ménagères. Cette collaboration aboutit à un script que rédige Dominic Savage au fur et à mesure en laissant les dialogues en suspens. Il s’agit d’une famille aisée, sans problème financier, avec un mari amoureux qui travaille sans l’angoisse d’un licenciement et d’adorables petits enfants. Mais ce bonheur apparent étouffe Tara qui aspire à une autre vie où elle pourrait exister et s’épanouir. Le déclencheur sera un livre d’Art consacré à la tapisserie de La Dame à la Licorne, trouvé chez un bouquiniste mais qui n’éveille guère l’intérêt de Mark, son mari, qui n’est préoccupé que par un devoir conjugal monotone et répétitif. Cette fois ci, c’est too much : Tara s’échappe par l’Eurostar, direction Paris, la Gare du Nord, les rues animées et le Musée de Cluny où trône La Dame à la Licorne… Je vous laisse découvrir l’équipée parisienne de Tara pour revenir aux conditions assez exceptionnelles de la réalisation de ce film. Dominic Savage avait laissé les dialogues du film en suspens, ils le sont toujours au moment du tournage : il va donc demander aux comédiens d’improviser chaque scène du scénario - qui va être tourné dans l’ordre chronologique -garantie essentielle pour sauvegarder la cohérence de l’évolution des personnages. Le résultat est convaincant dans la mesure où les échanges souvent sont meublés des silences ou des hésitations qui existent dans une vraie conversation. Il faut également noter que le film n’est pas très bavard dans la mesure où la caméra est fascinée par la beauté de Gemma Arterton qu’elle quitte rarement, la suivant dans ses nombreux déplacements solitaires à la recherche d’une activité qui la libèrerait de ses corvées familiales ou lors de ses déambulations dans un Paris de rêve où elle rencontre un photographe timide et solitaire dont la langue anglaise n’est pas le point fort. L’originalité qui avait nourri le récit depuis le début faiblit et cette fugue aboutit à une conclusion peut- être décevante, mais sûrement comme dans la vraie vie.