Il Figlio Manuel

Film italien de Dario Albertini

Avec Andrea Lattanzi, Francsca Antonielli, Giulia Elettra Gorleti, Raffaella Rea, Alessandra Scirdi, Monica Carpanese, Renato Scarpa, Luciano Miele, Giulio Beranek, Alessandro di Carlo, Frankino Murgia, Alessandro Sardelli, Manuel Rulli, Loretta Rossi Stuart,


Sélection 74ème Mostra de Venise Antigone d Or (Cinémed de Montpellier) Meilleur Acteur (Premiers Plans d Angers)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-03-2018

Durée: 1h37

 

Retour du néo-réalisme ?

Dario Albertini est passé progressivement de la photographie au cinéma en réalisant d’abord des documentaires où il occupait tous les postes techniques (son, image, montage), sans formation « sur le tas » ni l’enseignement d’une Ecole. A 43 ans, il vient de réaliser son premier long métrage : tous les chemins mènent vraiment à Rome où il a vu le jour.

Manuel va avoir 18 ans : il devra donc quitter l’Institution tenue par des religieuses, fondée après la guerre pour recueillir des orphelins ou des enfants sans famille qui doivent s’autogérer et s’entraider. Manuel vit là depuis que son père a disparu il y a cinq ans et, surtout, depuis que sa mère a été emprisonnée sans qu’il sache vraiment pourquoi. L’influence de l’éducation qu’il a reçue durant ces longues années en a fait un garçon étonnamment serviable, toujours prêt à intervenir pour aider et désirant profondément venir au secours de sa mère qui sera peut-être libérée s’il peut se porter garant de son entretien dans le cas où elle obtiendrait l’assignation à résidence. Mais cette libération va le jeter dans un monde inconnu, hors du cocon qui le protégeait jusqu’alors. Sans tomber dans le film à sketches, le scénario nous dépeint quelques-unes des rencontres qui vont accompagner son voyage vers l’appartement familial en bord de mer, abandonné depuis cinq années, où il espère recueillir sa mère à sa sortie de prison.

Dans les diverses rencontres qu’il va faire au cours de son trajet, il conserve un flegme qui frise l’indifférence, mais lui sert en réalité de protection. De jolies idées émaillent ces brèves relations qui peuplent son parcours solitaire. Après avoir dépanné le vieux triporteur du très vieux Frankino, il rencontre Francesca, apprentie comédienne, qui lui interprète un long monologue empruntés aux Baisers Volés de F.Truffaut. L’impassibilité de Manuel masque son trouble devant ce discours amoureux inédit pour lui qui sort d’une Institution où la mixité était proscrite. Durant ce voyage, il transporte également un grand tableau encombrant qu’il rapporte à son auteur « pour rendre service », comme d’habitude. Ce peintre amateur, devenu menuisier, sympathise avec ce grand jeune homme timide et l’emmène se faire déniaiser dans une maison close. Tous ces épisodes alternent avec la longue remise en état de l’appartement délaissé qui occupe beaucoup l’emploi du temps de Manuel. Comme c’est la morte saison pour cette station balnéaire sinistre, il n’a guère l’occasion d’aller à la plage : l’ensemble du film se déroule par un temps gris et maussade.

Cette façon de traiter le scénario par des rencontres dues au hasard des rues évoque évidemment certains des films importants du néo-réalisme italien de l’immédiat après-guerre. Durant cette période de restrictions dans tous les domaines (électricité, pellicule, prise de son, laboratoires au ralenti) le manque de moyens techniques était à l’origine de ce style reportage emprunté aux films documentaires : le son synchrone n’étant possible qu’en studio avec un matériel lourd, on tournait muet et les dialogues étaient enregistrés en post-synchro à la fin du montage image puisque des décors naturels bruyants avaient succédé au confort du tournage dans des plateaux insonorisés. Miraculeusement, tous ces obstacles ont fécondé un cinéma du réel s’exprimant dans un style qui allait rendre obsolètes les productions du cinéma classiques où les stars manipulaient des téléphones blancs dans des décors somptueux construits en studio. Fort heureusement pour lui, évoquer le néo-réalisme à propos de Il Figlio Manuel ne signifie pas que Dario Albertini a souhaité ranimer ces faiblesses techniques pour imiter le style de cette époque difficile : les considérables progrès effectués sur le matériel permettent depuis longtemps d’enregistrer correctement Son et Image dans des conditions extrêmes. Ce qui demeure essentiellement de cet héritage artistique réside surtout dans le choix des sujets, la qualité des interprètes et, dans ces domaines, Il Figlio Manuel est parfaitement réussi.