Little New York
Staten Island

Film américain de James De Monaco

Avec Ethan Hawke, Vincent d Onofrio, Seymour Cassel





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 05-08-2009

Durée: 1h36

 

Tiercé gagnant

Une fois de plus, ce titre franglisé (?) stupide cache un film qui méritait mieux. Je suppose que les distributeurs craignaient que le titre original, STATEN ISLAND, n’évoque rien pour le public français, ce qui paraît induire qu’ils n’ont pas vu leur film puisque celui-ci s’ouvre sur une excellente séquence parodique situant parfaitement, dans le style des anciennes actualités, cette île en face de Manhattan qui constitue une des cinq circonscriptions new-yorkaises.

Une tradition solidement établie faisait de Staten Island une île de non-droit où se réfugiaient les gangsters après leurs méfaits et où ils ensevelissaient leurs victimes. Cet aspect de décharge publique s’est maintenu de nos jours et c’est là qu’on a également évacué les débris du World Trade Center après l’attentat du 11 septembre. James DeMonaco, originaire de cette île « provinciale », qui fait face à la mégapole, s’est souvenu du sentiment d’infériorité de ses habitants devant les « vrais » New-Yorkais en écrivant ce scénario assez surprenant qui fait croiser les destins d’un vidangeur de fosses septiques, d’un charcutier italien sourd-muet et d’un maffieux local.

Ce premier long-métrage de James DeMonaco, jusqu’alors scénariste de thrillers - entre autres, Assaut sur le Central 13 de Jean-François Richet – a été produit par les mêmes producteurs (français) qu’il avait rencontrés à cette occasion. Un humour original et un ton très personnel baignent cette histoire macabre qui évoque, sur un mode volontairement léger, les massacres scorsesiens qui se déroulent généralement sur la rive d’en face dont les majestueux gratte-ciel apparaissent régulièrement comme une ponctuation ironique du récit. Mais il ne s’agit pas d’une sorte de pink thriller car, quand la violence est nécessaire, elle est au rendez-vous. Je ne voudrais pas déflorer le sujet et préfère vous laisser le plaisir de découvrir les états d’âme écologistes du maffieux, les désirs d’enfant du vidangeur qui pue, et l’activité clandestine du charcutier mutique, tous trois parfaitement incarnés par Vincent d’Onofrio, Ethan Hawke et Seymour Cassel, sans oublier la radieuse Julianne Nicholson qui vient renifler son mari après ses journées de travail malodorant.

On peut seulement regretter quelques négligences dans la rigueur du scénario vers les scènes finales quand la femme du vidangeur découvre seulement l’existence du charcutier de son quartier - qui tient sans doute boutique depuis l’époque d’Al Capone - et auquel elle doit, sans le savoir, sa maternité tant désirée. Mais ces petits détails n’entament guère le plaisir que nous procure ce scénario inventif qui tente efficacement de renouveler les classiques du genre.