Who’s that Knocking at My Door?

Film américain de Martin Scorsese

Avec Harvey keitel, Zina Bethune, Michael Scala


1967


Par Elise Heymes
 
Sortie le 10-06-2009

Durée: 1h30

 

Premier film de Martin Scorsese, Who’s that Knocking at My Door ? apparaît bien, a posteriori, comme une promesse...tenue. Ambitieux, élégant, il recèle nombre des obsessions visuelles et thématiques qui nourriront ensuite l’oeuvre du cinéaste. L’intelligence scénaristique, celle esthétique épousent harmonieusement une sensualité cinématographique tout sauf hésitante.

JR est une petite frappe du quartier italien de New York. Entre deux pérégrinations urbaines avec sa bande, il rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux. Mais quand elle lui apprend qu’elle a été violée quelque temps plus tôt, c’est le poids d’une culture et d’une tradition mal digérées qui lui tombe sur les épaules…

Scorsese travaille l’ironie à tous les niveaux. Il s’appuie sur le jeu du couple, sur la binarité. Le couple amoureux dont les dialogues et les baisers poussent les acteurs vers l’inattendu, ou la volonté du cinéaste de dépasser le déjà-vu. Le duo, lorsque deux personnages, dans un même plan séquence, empruntent deux attitudes corporelles opposées et complémentaires. Plus généralement le duel de séquences souvent associées par deux et dont les registres contrastent : le réel contre le rêve ; l’obscurité de l’errance masculine, contre la pureté lumineuse des scènes masculin-féminin ; l’ici et maintenant contre le souvenir ; le récit contre l’imaginaire. Cette structure, ce montage traduisent l’ambition du cinéaste d’embrasser la complexité dans ses mélanges et méandres.

Explicitement pétri de références cinématographiques, ce film propose une autre vision de l’homme et de la femme au cinéma. Scorsese renverse les situations, les rôles, adapte les schémas à son univers et à son temps. Il manie admirablement le dialogue, étonnement bavard, qui laisse le temps aux acteurs de s’enfoncer dans leurs personnages. A la brillante direction d’acteurs s’ajoute une chorégraphie des corps et des plans, où achoppe la poésie. Naissance d’un cinéaste donc, en même temps que renaissance du cinéma américain. Scorsese n’avait alors rien à envier aux autres artisans de la « Nouvelle vague américaine ».