The Pleasure of Being robbed

Film américain de Josh Safdie

Avec Eleonore Hendricks, Josh Safdie, Wayne Chin





Par Elise Heymes
 
Sortie le 29-04-2009

Durée: 1h10

 

Les plaisirs de glaner

The Pleasure of being robbed,  premier film de Josh Safdie co-écrit avec son actrice Eleonore Hendricks, respire autant la joie que la mélancolie urbaines. Doté d’une formidable énergie, il joue avec brio des lois de la légèreté…et de la gravité. Une très belle ode à la liberté d’inventer !

Eleonore n’a que faire des limites où commence sa liberté et où s’arrête celle des autres. Elle vole les sacs,  non pour se les approprier, mais pour goûter à la vie des autres et nourrir la sienne. Quand elle ne libère pas quelques chatons enfermés dans un sac, ou ne dérobe du regard les images d’un quotidien qui ne lui appartient pas, elle convole en voiture, alors même qu’elle ne sait pas conduire…

Héroïne sans âge et sans époque, Eleonore pourrait croiser les personnages new-yorkais d’un film de Schatzberg, si ce n’est voler le sac d’une Gena Rowlands au détour d’une rue, par exemple. Ce n’est certainement pas un hasard si ce court road-movie américain a le charme chromatique d’un film de Cassavetes. Il y règne par ailleurs la même désinvolture et une singularité sans complaisance. On y voit la quête à l’image, qui rebondit par maintes surprises, si infimes soient-elles. Eleonore et son filmeur dérogent à la logique, à la morale et déjouent les pièges du scénario intimiste. Une foule de gens s’y croisent ; la vue à hauteur de cette femme-enfant embrasse le monde urbain.  Le plaisir de voler  lui vaut d’être en perpétuelle interaction avec les autres et trace alors les contours d’une solitude qui veut rompre avec elle-même. Kleptomane ou poète, cette silhouette qui n’en finit pas de errer et de glaner pour réinventer ses journées au fil hasardeux de ses trouvailles? Là où les autres se protègent et donc se répètent, elle prend des risques, se moquant éperdument des conséquences…qu’elle parviendra à retourner à son avantage. Si l’ironie scénaristique qui veut que son personnage passe son temps à se soucier de comment se portent les autres est facile, elle donne à ce duo de créateurs du fil à retordre. Leur présence à l’écran, où ils ne jouent pas, mais se laissent « être » avec une infinie simplicité, annihile le mimétisme cher à d’autres faiseurs. Car ces deux-là ne créent pas un rêve, ils le vivent et le donnent à partager, en le poursuivant.