Villa Amalia

Film français de Benoît Jacquot

Avec Isabelle Hupert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois





Par Elise Heymes
 
Sortie le 08-04-2009

Durée: 1h31

 

Après notamment La Désenchantée (1990), La Fille seule (1995), L’Ecole de la chair (1998), A tout de suite (2004) et L’Intouchable (2006) où il mettait en scène des femmes se débattant avec leur destin et leur quotidien, Benoît Jacquot offre un rôle singulier à Isabelle Hupert : celui d’une femme qui veut « disparaître » pour se retrouver.

Ann découvre que Thomas la trompe. Au même moment, elle retrouve un ami d’enfance, Georges. Elle décide de tout quitter, partir. Elle s’appuie sur son amitié avec Georges pour préparer sa disparition : elle rompt avec sa carrière de concertiste, vend son appartement, jette ses affaires, clôt comptes bancaires et s’enfuit sans dire où…

Film en deux temps, Villa Amalia joue habilement de la « présence-absence » de son héroïne. Jacquot filme d’abord Huppert frontalement quand elle entame l’effacement de son identité de femme parisienne, puis il la laisse systématiquement s’échapper des plans. Son personnage devient peu à peu insaisissable à l’image. De même qu’Ann glisse dans les mains de Georges, le seul au courant de son projet de disparition. Le cinéaste semble ensuite chercher à retenir son « sujet » parti à travers l’Europe, la suivre de près, toujours plus de dos, nécessairement. La fuite en avant d’Ann s’apaisera sur le lieu de son enfance, et avec le retour d’un père trop longtemps absent. Villa Amalia semble vouloir se vider à mesure qu’Ann se déleste du présent, mais prend de l’épaisseur à mesure que le cheminement de son héroïne révèle les blessures premières liées à la perte, à la disparition, et que se dessine son passé.

Un bel anti-portrait donc. Une mise en abyme de la construction des personnages de cinéma, aussi. Reste malheureusement ce choix incompréhensible de certains moments musicaux qui veulent gonfler le film de suspense, mimer la tension dramatique et manquent de peu de le dénaturer et de le gâcher complètement.