Z32

Film israëlien de Avi Mograbi

 
Sortie le 18-02-2009

Durée: 1h21

 

Avec Z32, Avi Mograbi poursuit sa réflexion sur le conflit israélo-palestinien. Mais c'est l'âme d'un ex-soldat israélien qu'il sonde cette fois, autre "champ de bataille". L'occasion pour le cinéaste de s'interroger une fois de plus sur son engagement politique et artistique.

Ecartelé en effet entre l'idée du dit "devoir" et la culpabilité, Z32 cherche à obtenir le pardon, pour avoir participé à une mission de représailles dans laquelle deux policiers palestiniens ont été tués. Au fil de ses échanges avec sa petite amie, face caméra, il est confronté à la difficulté de ce pardon. La jeune femme interroge notamment son acte en termes de "crime", de "meurtre"...

Avi Mograbi recueille un témoignage dérangeant qui pose des questions fondamentales. Le soldat s'interroge sur le plaisir qu'il a eu de mettre en pratique ce qu'il avait appris en entraînement. Sur les émotions qu'a générées l'instant de l'opération punitive: impression d'être le héros d'un jeu vidéo, impression de ne pas avoir eu réellement conscience de la réalité de son acte. Il ouvre à son amie et à la caméra sa conscience, où se jouent le conflit, l'hésitation à basculer entièrement du côté des notions de responsabilité et de faute, et donc, de celle du remords.

La singularité du film de Mograbi se trouve dans le travail visuel sur les masques virtuels que "portent" Z32 et son amie. Virtuels mais réalistes, comme les masques grecs tragiques, masques qui se montrent autant qu'ils veulent cacher et qui surtout, suggèrent judicieusement que ces deux jeunes gens peuvent être tout le monde.

Face à ce jeune couple pris dans l'étau d'un grave cas de conscience et où la jeune femme apparaît justement comme la « colonne vertébrale » de cette conscience, Avi Mograbi a fait le choix, moins judicieux, de mettre en scène son propre engagement, à travers des chants accompagnés d'un « orchestre de chambre ». Le décalage entre le quotidien du couple et le quotidien d'engagement familial du cinéaste (il sollicite ici femme et fils) enlève au film, plus qu'il ne lui apporte. Ce documentaire aurait gagné à se concentrer plus avant sur l'ex-soldat. Pourquoi Avi Mograbi ne plonge-t-il pas plus profondément dans les réflexions de son témoin et ne l'accompagne-t-il pas plus loin dans le renouvellement de lui-même ? Avec cette « musique du désespoir », l’empathie humaniste du cinéaste reste comme en suspens.