Slumdog Millionaire

Film anglais de Danny Boyle

Avec Dev Patel, Anil Kapoor, Irrfan Khan, Madhur Mittal, Freida Pinto, Saurabh Shukla


Meilleur Film, Réalisateur, Scénariste, Musicien - Golden Globe 2009


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-01-2009

Durée: 2h

 

Film Bidon(ville)

Le Golden Globe 2009 a tranché :

Meilleur réalisateur + Meilleur scénario + Meilleure musique = Meilleur film.

Il y a une logique évidente dans cette addition qui conduit à couronner Slumdog Millionaire mais ce choix en dit long sur les critères des Jurés américains qui, dans la foulée, récompensent également les téléfilms les plus populaires au cours de la même soirée de gala. Et comme Slumdog Millionaire repose totalement sur la version indienne de Qui veut gagner des millions, on fait coup double : l’entertainment règne en maître à tous les niveaux du commerce de l’image. Dans cette pluie de récompenses, je ne trouve méritée que celle qui distingue l’intéressante musique de A.R.Rahman aux sonorités suaves qui alternent avec un efficace dynamisme.

On ne peut nier le punch ininterrompu de la réalisation de Danny Boyle qui emmène ce récit avec efficacité et roublardise, grâce à un montage à l’esbroufe qui aurait dû également figurer au palmarès. Mais je suis essentiellement troublé par l’aspect suranné de ce scénario qui semble avoir été rédigé sous les dictées mêlées de Victor Hugo, Eugène Sue, Charles Dickens, la Comtesse de Ségur, Hector Malot  et… Jean-Pierre Foucault. Tout cela ne nous rajeunit pas. J’imagine que ces « parrainages » multiples se trouvaient déjà dans le roman de Vikas Swarup dont est tiré le film, on ne peut donc incriminer seulement le scénariste. Il ne s’agit pas ici de contester le talent populaire de ces grands auteurs du passé et, d’ailleurs, les producteurs ne s’y trompent pas : dès qu’ils n’ont plus de projet pour faire tourner la boutique, ils refont une nouvelle version (en scope, THX, relief, etc.) des Misérables ou de Oliver Twist, recette qui donne généralement d’assez bons résultats. Il n’y a, donc, aucune raison de douter du succès prévisible de Slumdog Millionaire.

La grande originalité ( ?) de l’histoire est de faire alterner les questions du jeu télévisé avec les flashes-back des souvenirs d’enfance du candidat qui contiennent, à chaque fois, la réponse exacte. Cet inexplicable miracle se prolonge interminablement jusqu’à l’avant-dernière question. Evidemment soupçonné de tricherie, le malheureux candidat est alors embarqué par la police qui le torture carrément : noyade dans un seau d’eau, électrodes, tout y passe. Mais les tortionnaires ne tirent aucun aveu du candidat évanoui. Quand il reprend conscience, au lieu d’ameuter Amnesty International, il commence à raconter sa misérable vie de mendiant au commissaire. Emu, puis convaincu, celui-ci ira en personne le ramener sur le plateau pour la question finale que tout un peuple rassemblé devant les téléviseurs attend. On finit en plein Boylliwood

Si vous préférez la pudeur, la rigueur et le véritable suspense, je vous conseille plutôt d’aller frémir à l’admirable Frozen River (**) de Courtney Hunt qui, elle, n’a copié personne pour écrire cette histoire glaçante.