Lola Montès

Film français de Max Ophüls

Avec Martine Carol, Peter Ustinov


Film sorti en 1955


Par Elise Heymes
 
Sortie le 03-12-2008

Durée: 1h50

 

Inspiré de la vie de la célèbre courtisane Lola Montez, le dernier film de Max Ophüls, taxé aujourd’hui de chef d’oeuvre et donc de film maudit à tort, réapparaît sur nos écrans entièrement restauré, au plus près des voeux du cinéaste. A l’image de son héroïne dont il met en scène la “grandeur” et la déchéance, le film oscille entre virtuosité et magnificence d’une part,  déceptions et failles d’autre part. Mais à juste dessein…

Ce qui frappe, c’est l’exacte inversion du rapport de ces forces contraires. Elle renforce l’originalité du film. Là où Lola Montès devient une bête de cirque, derrière les barreaux des cages qui traversent souvent le cadre, le film atteint des sommets rares de virtuosité technique. Tant dans le choix des mouvements de caméra que dans les règlements des chorégraphies des artistes en piste.

Le spectacle est sublime;  la vie du personnage qui le rythme devient peu à peu pathétique.  Chacun des flash-backs qui nous donnent à voir la vie de cette femme libre est convenu. Scénario vide de substance, dialogues plats, jeu figé de Martine Carol, tout les réduit à des tableaux vivants sans véritable saveur. Lola Montès était forte de ses pouvoirs de séduction.  Tout ce (les hommes, l’argent et le pouvoir) qu’elle convoitait, elle l’obtenait. Or les séquences de flash-back sont figées dans une esthétique kitch et évoquent les images d’Epinal que l’on trouvait à l’époque, et que l’on peut encore trouver aujourd’hui, tant dans les contes que dans une certaine presse “populaire”. Au cirque, Lola Montès est exhibée en poupée qui subit, et non plus en actrice de ses conquêtes amoureuses. Une poupée, même, tournant sur elle-même, comme l’automate fragile d’une boîte à musique “guimauve”. Ophüls pointait ainsi du doigt les perversités de la célébrité et de l’argent ainsi que l’exploitation du sordide, du malheur à des fins spectaculaires et financières. Il donnait alors à voir les mécanismes de la gloire bâtie sur le don (ou plutôt la vente) de soi, dans le souci de plaire, flatter, satisfaire le public. 

Et si au mystère et à l’étrange des brillantes séquences de cirque, répondent le faste et les clichés d’une conquête renouvelée, c’est pour mieux démontrer que vient un jour où l’outrance atteint son point d’acmé. L’hyperbole s’essouffle et le destin se retourne; il rattrape cette femme qu’il condamne donc à prostituer son passé, pour gagner sa vie présente.

Contre les couleurs saturées de la vie de Lola Montès, Ophüls plonge son personnage, au cirque, dans l’atmosphère mortifère d’un bleu maladif. Rien de définitif, donc, dans ce film sur le mouvement et le changement. Pas d’héroïne immuable…