Musée haut, musée bas

Film français de Jean-Michel Ribes

Avec Plus de cent comédiens





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-11-2008

Durée: 1h35

 

Désadaptation

Jean-Michel Ribes est un homme de spectacle incontestablement doué : il suffit de voir ses réussites au Théâtre du Rond-Point en en faisant ce lieu où souffle en permanence l’esprit de création dans un répertoire sans cesse renouvelé avec talent. Auteur et réalisateur, il a aussi prouvé jadis, avec Palace, que la télévision pouvait proposer des variétés plus glamour et mieux inspirées que Le plus grand cabaret du monde, par exemple.

Sa pièce Musée haut, musée bas avait rencontré un succès mérité : des groupes de visiteurs égarés dans un musée cherchaient, soit les Impressionnistes, soit Kandinsky, soit leur place de parking. Sur la scène, quelques panneaux blancs figuraient l’espace de ce musée où évoluait nerveusement la troupe de touristes ballottée comme dans un film de René Clair. Notre imagination donnait corps à ce décor minimaliste dans lequel s’échangeaient les répliques du troupeau en visite : c’était efficace et très drôle. J’ai revu la pièce, interprétée par une troupe d’amateurs dans un lieu réellement inadapté à une représentation théâtrale, où elle gardait toute sa vis comica.

La voici à présent sur un écran de cinéma, avec les cent meilleurs (?) comédiens du moment qui vocifèrent et surjouent dans un vrai musée imaginaire constitué de salles empruntées au Louvre, à Orsay ou au Petit Palais. Je n’ai rien retrouvé du plaisir que procurait la mise en scène théâtrale, alourdie de sketches supplémentaires où on ne retrouve ni la grâce ni l’humour qui faisaient le charme de la pièce. De plus, ébloui par l’éventail qu’offre aujourd’hui l’outil cinématographique, J.-M. Ribes a voulu utiliser les trucages numériques mis à sa disposition pour conclure lourdement son film par un final anti-écolo qui nous montre le Petit Palais englouti par les flots (entraînant également cette décevante adaptation vers le fond).

Quand on apprécie tout ce que cet homme a apporté au monde du spectacle, on ne peut que s’attrister de le voir ainsi égaré dans cette entreprise où s’est perdue la légèreté qui fait la valeur de son talent. Mais comme il a de la ressource, nous gardons confiance en ses promptes capacités de rétablissement… au théâtre.