Stella

Film français de Sylvie Verheyde

Avec Léora Barbara,Karole Rocher, Benjamin Biolay, Melissa Rodrigues, Guillaume Depardieu


Sélection Venise 2008


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-11-2008

Durée: 1h43

 

Autobi(str)ographie


Depuis que la parité gagne du terrain, la plupart des jeunes réalisatrices prennent leurs souvenirs d’enfance ou d’adolescence comme sujet de premier film, tendance qui semble moins flagrante chez les garçons. Les exemples abondent : de Diane Kurys à Céline Sciamma, en passant par Julie Gavras, Lucrecia Martel ou Isild le Besco, nous avons souvent eu droit aux premières règles, aux premiers troubles et aux premiers chagrins. Sylvie Verheyde, elle, a attendu son troisième long-métrage pour aborder ce sujet et c’est peut-être, la raison du sentiment de plus grande maturité que dégage ce film délicat.

Stella va entrer en sixième, classe charnière importante par les bouleversements pédagogiques qu’elle implique et les nouvelles relations que la petite fille va devoir établir avec le monde qui l’entoure. Le scénario, ouvertement admis comme autobiographique par la réalisatrice, décrit avec un certain humour l’insolite univers familial de l’enfant : fille d’un couple de cafetiers, elle se retrouve au retour de l’école dans un bistrot bruyant, plein de consommateurs qui boivent ou jouent aux cartes. Le père et la mère frisent l’alcoolisme commercial puisqu’ils ont généralement un verre à la main pour tenir compagnie à la clientèle mais, néanmoins, ils sont bons parents. Si elle ne boit pas encore, Stella se défend déjà aux cartes, pour le plaisir des clients et de la famille. Par contre, ses résultats scolaires sont moins brillants et elle traîne, durant les heures de classe, un ennui profond qui exaspère ses professeurs. Heureusement, elle va se faire une amie de la tête de classe, une rouquine fille d’émigrés argentins fortunés. Elles deviennent inséparables, sauf pendant les petites vacances que Stella passe dans le Nord, chez sa grand-mère, où elle retrouve une copine d’enfance pour faire du vélo dans les terrains vagues industriels. Fille de prolo chez les Argentins, mais gosse de riches pour les Ch’tis, Stella commence à mesurer les ambiguïtés de l’existence. La fin du film coïncidera avec le retour des grandes vacances pour Stella qui aura beaucoup mûri durant ces trois trimestres.

Cette simple chronique de la vie d’une petite écolière se déroulant durant les années 70 est efficacement enrichie par les chansons populaires de cette époque. D’excellents acteurs (petits et grands) incarnent cette comédie humaine du quotidien, en tête desquels on peut apprécier des comédiens trop rares comme Karole Rocher et Benjamin Biolay (les parents) qui composent un couple de cafetiers plus vrais que des vrais.