Versailles

Film français de Pierre Schoeller

Avec Guillaume Depardieu, Max Baissette de Malglaive, Judith Chemla, Aure Atika


Compétition Un Certain Regard, Cannes 2008


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 13-08-2008

Durée: 1h53

 

Aux marches du palais

Premier long métrage au cinéma du scénariste Pierre Schoeller, Versailles a concouru à Cannes dans la sélection Un Certain Regard. Une distinction méritée, pour ce premier film poignant qui laisse augurer du meilleur pour son réalisateur.

Enzo, 5 ans, est abandonné dans les bois côtoyant les jardins du château de Versailles par sa mère SDF, désireuse de retrouver un emploi. Abandonné, ou plutôt temporairement confié. Car c’est Damien, fier Robinson échoué dans une cabane, qui hérite bien malgré lui de cet ange déchu.

Version moderne du Kid, avec un Charlot cow-boy des bois dont la force de résistance prend moins la forme du rire que de ce que Damien appelle « le courage », celui de l’homme debout qui n’abandonne jamais, Versailles est aussi grave, aussi humble et bouleversant que son illustre prédécesseur. Planté dans un décor prestigieux qui fait jaillir toutes les contradictions de la société contemporaine, le long métrage de Pierre Schoeller ne tombe pourtant jamais dans le pathos ni dans le misérabilisme. Versailles est moins un film sur la pauvreté ou l’exclusion que sur le miracle de la vie, de l’amour, du lien, qui réintègrent dans l’humanité (autrement dit, dans ce que la société a de plus primitif et fondamental) ceux que la société avaient cru un temps pouvoir rejeter.

Aussi, par-delà la rage vitale de ses protagonistes, rien n’est jamais affirmé, imposé. Tout est suggéré, caressé, à l’image du parti pris esthétique et métaphorique de la photographie et de la direction d’acteurs : dans Versailles, on est toujours à la lisière, des bois, de la vie, entre espoir et désespoir, entre cri et murmure, entre chien et loup. Un parti pris de clair-obscur servi par le jeu admirable des comédiens, Guillaume Depardieu en tête, plus riche que jamais, mais aussi le jeune Max Baissette de Malgrave, qui illumine tout le film de sa douceur et de son émotion. On en redemande.