My Blueberry Nights

Film hong-kongais de Wong Kar-wai

Avec Norah Jones, Jude Law, David Strathairn, Rachel Weisz, Natalie Portman





Par Elise Heymes
 
Sortie le 28-11-2007

Durée: 1h35

 

Portrait d’une Amérique aux couleurs chatoyantes, le dernier film de Wong Kar-Wai est à nouveau placé sous le signe du raffinement. Le cinéaste plonge son héroïne (interprétée par Norah Jones) dans l’esthétisme et le romantisme qui lui sont chers.Son parcours géographique (elle part seule « à l’aventure ») épouse celui d’un cheminement intérieur...

C’est donc l’histoire de Elisabeth, dite Lizzie, jeune femme qu’une rupture amoureuse a désenchantée, qui part toujours plus loin pour retrouver une raison de vivre et qui se fera aussi appeler Beth, au fil de ses jobs de serveuse et de ses rencontres, pour redevenir finalement Elisabeth, après qu’elle aura fait peau neuve.

La boucle est bouclée, depuis le chagrin d’amour qui provoque son départ – physique – là-bas, jusqu’au retour à soi et à sa vie ici, qui prend la forme d’un nouveau départ - sentimental. Aux extrémités se rejoignant, un homme, Jeremy, qu’elle a laissé derrière elle. Un ami, lui-même éprouvé par une rupture, qui a essayé de la consoler. Quelqu’un à qui elle écrit, comme l’on tient un journal de bord ou un journal intime. Wong Kar-Wai rend le lien possible entre eux par la distance physique qu’il créé. En la réconciliant avec la distance émotionnelle qui les séparait au départ. Non seulement le cinéaste joue avec le temps qu’il nourrit d’espace, signalant à l’image le décompte des jours nécessaires au cheminement affectif de son personnage, mais il élabore cet espace comme on construit une route bordée d’étapes. Une traversée d’une Amérique peuplée de personnages pris au piège de leurs désirs inassouvis, plongés dans la béance de la solitude et dans la souffrance. Autant de portraits incarnés avec force caractère et sans complaisance. Le contraste entre la tristesse de cette humanité désolée et le travail sur les couleurs (qui rappelle certains films de Jean-Pierre Jeunet - Delicatessen et La Cité des enfants perdus - auxquels le chef opérateur Darius Khondji avait participé) donne au film son intensité. La langueur des précédents films de Wong Kar-Wai devient ici rythme constant, soutenu par une image dense, sans temps mort.