Never Forever

Film américain de Gina Kim

Avec Vera Farmiga, Jung-Woo Ha, David Mc Innis


Prix du Jury Festival de Deauville 2007


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 24-10-2007

Durée: 1h41

 

Désir d'enfant

D’origine coréenne, Gina Kim enseigne le cinéma à l’Université de Harvard et a déjà réalisé trois longs métrages dont elle est également l’auteur. Il paraît évident que Never Forever, le dernier, ne pouvait être écrit que par une femme.

Sophie, wasp blonde aux yeux bleus, est l’épouse d’Andrew, superbe Coréen parfaitement intégré à la bonne société new-yorkaise. Ce couple semble heureux sauf que, malgré des efforts répétés, il ne peut avoir d’enfants : Andrew, effondré, finit par admettre qu’il est stérile. Au cours d’une de ses nombreuses visites de contrôle à l’hôpital, Sophie rencontre un jeune Coréen, Jihah, venu proposer son sperme pour 50$. L’administration a rejeté son offre car il est immigré clandestin et sans papiers. Il vivote de petits boulots et se sent tellement « étranger » qu’il n’habite même pas dans un quartier coréen, mais à Chinatown. Sophie va lui proposer un marché : elle payera chaque rapport 300$, plus une prime en cas de grossesse. Avec un sujet aussi casse-cou, on redoute la suite. Mais Gina Kim traite cette situation insolite avec une délicatesse et une émotion dont un réalisateur masculin me semblerait bien incapable. Le film est d’abord jalonné, évidemment, de scènes de copulations purement «techniques», payées rubis sur l’ongle, qui vont évoluer progressivement vers un amour impossible entre les deux partenaires. Gina Kim a pris soin de tourner dans l’ordre cette chronique d’une passion annoncée et on assiste à l’éclosion de la tendresse et de l’intimité par des gestes furtifs et des regards émus. Sophie est enfin enceinte.

Miné par sa stérilité, Andrew, qui n’a pas lu L’Amant de Lady Chatterley, prend très mal la grossesse de sa femme. C’est le moment que choisissent les services d’immigration pour menacer Jihah d’expulsion… A ce point du récit, on redoute le plongeon définitif dans le mélodrame pur ou, pire, l’irruption d’un éventail de happy endings divers. Gina Kim s’en sort par une ultime hardiesse : une ellipse finale où l’on retrouve Sophie jouant sur une plage déserte avec son petit garçon alors qu’elle est à nouveau enceinte. Elle interrompt ses jeux pour regarder la caméra et nous sourire, heureuse. Qui est le père ? Qui sont les pères ? Là n’est plus la question. Son bonheur, c’est la maternité, l’enfant, pas le partenaire. On ne peut imaginer message plus clair.