World Trade Center

Film américain de Oliver Stone

Avec Nicolas Cage, Michael Pena, Jay Hernandez





Par Laurence Bonnecarrère
 

 

Sauveurs nés

« Just do it ». Quant il faut donner sa vie, les « braves gars » font « juste ce qu’ils doivent faire ». Et lorsque l’on demande à Oliver Stone de réaliser un film sur le World trade center, il s’exécute, lui aussi. Sans état d’âme, apparemment. Il choisit de se focaliser sur l’histoire de deux flics coincés sous cinquante étages de tôle calcinée, et c’est judicieux. Palpitant, divertissant à souhait, le résultat est à certains égards plus discutable.

C’était prévisible : l’usine à rêves devait intégrer les événements, et manifestement Oliver Stone était l’homme de la situation. Etant entendu que personne n’attend sur ce thème une variation durasienne (Manhattan mon amour ?) ni une croisade anti-Bush, de quoi nous plaindrions-nous ? Le propos de film est dépourvu de toute ambiguïté : dans la vie, il y a des bad guys, et puis, à l'opposé, il y a les super-héros (policiers, G.I. etc..) qui rééquilibrent favorablement la balance de l’humanité. World trade center est un thriller à la gloire des Etats-Unis, et, au cas où le « message » ne serait pas encore assez bien « passé », le laïus final met les points sur les i. Immergé pendant deux heures sous 50 étages de tôles calcinées, le spectateur captif, déshydraté, asphyxié, en complète symbiose avec les deux héros, n’est pas en mesure de sourciller...
Calquée sur les opérations de sauvetage, la mise en scène est remarquablement maîtrisée... Inutile de reprocher à Oliver Stone un activisme patriotique excessif, même si indéniablement la conclusion du G.I. justicier peut sembler un peu orientée (« il vont avoir besoin de bons gars pour venger ça »), mais elle n’exclut pas une certaine ironie. Nous ne dirons rien des irruptions du Christ une bouteille de Soda à la main.
Il semble plus difficile de passer par pertes et profit ce tombereau de confiture sentimentale dont le réalisateur vient plomber tous ses morceaux de bravoure. Mais si, en fin ce compte, on peut reprocher à Oliver Stone ses indéchiffrables options idéologiques, il faut reconnaître qu’il reste un maître en matière d’entertainment.