Thank you for smoking

Film américain de Jason Reitman

 
Sortie le 13-09-2880

Durée: 1h32

 

Thank you for lobbying

Voici, sur le même thème que Révélations de Michael Mann, un premier film qui sort du lot. Centré sur la personnalité flexible du lobbyeur Nick Naylor, cette comédie hilarante pose la question d’un système discutable présentant ici des traits d’une indéniable séduction.

Le cinéma américain ou l’art de manipuler les masses ? Sous prétexte de dénoncer une société cautionnant la corruption et l’exploitation systématique de la crédulité et de la cupidité de tous, ces fictions défendent pour finir le capitalisme, le système américain en particulier. Le propos est d’ailleurs ici explicite puisque le fils du héros doit plancher, en plein milieu du film, sur cette question : « pourquoi le système américain est-il le meilleur » ? A la surprise générale, il répond : « pour l’amour », sentiment qui selon le futur sophiste (avocat, politicien, lobbyeur ?), en est le vrai ressort caché. Dans la famille Naylor, on est baratineur de père en fils. Papa est en effet vice-président de l’ « Académie des Etudes sur le tabac », institution qui a pour vocation d‘établir scientifiquement l’innocuité de la cigarette et d’en assurer la promotion. Vaillant représentant de cette profession difficile, il déjeune chaque semaine avec ses homologues, le président du SAFETY (marchand d’armes) et la lobbyiste des commerces d’alcools. Les trois MDM (marchands de morts) rivalisent de cynisme, comme par exemple lors de cette rencontre de notre héros à Hollywood avec un quatrième larron - un grand moment de comédie au trente-sixième degré… On trouve toujours plus roublard que soi, et finalement ce sont encore les journalistes qui obtiennent la palme en matière d’hypocrisie et de rouerie… On aura compris que la liberté illimitée (de vendre des stupéfiants, etc.) est l’autre nom du droit (d’avoir un avocat, de défendre les causes perdues, de dévoiler l’indicible…) et réciproquement, ou encore plus clairement, que le pluralisme est synonyme de libéralisme, et vice-versa. Nick Naylor se présente lui-même comme un intercesseur entre deux sectes (pro et anti- tabac), et de ce point de vue, on peut considérer en effet que son métier est d’ utilité publique. Tout comme celui des réalisateurs de comédies à doubles fonds. A l’image de son héros, carrément irrésistible, le film est d’une exquise incorrection et d’une réjouissante impertinence. Alors, vive la liberté – après tout l’autodestruction est avec l’humour le propre de l’homme.