The Constant Gardener

Film américain de Fernando Meirelles
Adaptation du roman éponyme de John le Carré

Avec Ralph Fiennes, Rachel Weisz


Trois nominations aux Golden Globes 2006 (meilleur réalisateur, meilleur film catégorie


Par Alicia Fischmeister
 
Sortie le 28-12-2005

Durée: 2h09

 

Les joies du jardinage

Justin Quayle, diplomate britannique, emmène sa jeune épouse Tessa au Kenya, où il réside. Très vite, celle-ci dépense toute son énergie dans la cause humanitaire. Lorsqu’elle est retrouvée morte dans un accident de voiture, son mari décide d’enquêter sur les causes floues de sa mort, et découvre qu’elle avait tenté de déterrer une sombre affaire de tests médicaux sur des populations indigènes, dans laquelle est impliquée une très grosse entreprise pharmaceutique. Résolu à « terminer ce qu’elle a commencé », Justin va s’opposer à ceux qui ont empêché sa femme d’agir, et contribuer à rendre le scandale public.

Adapté du roman éponyme de John le Carré (L’Espion qui venait du froid et Le tailleur de Panama, entre autres), The Constant Gardener mêle une histoire d’amour et une affaire crapuleuse. La première réunit Tessa (Rachel Weisz) et Justin (Ralph Fiennes), elle avocate passionnée, la tête pleine d’utopies révolutionnaires, se donnant corps et âme dans les causes qu’elle défend ; lui diplomate réservé, cultivant son jardin en gardant un oeil –admiratif- sur sa femme qui tente de sauver le monde. Couple qui se complète parfaitement, et donc auquel on croit. La seconde réunit une énorme boîte pharmaceutique internationale et le gouvernement britannique, le tout lié par des enjeux de plusieurs millions de dollars. ThreeBees teste sur les populations pauvres du Kenya son médicament contre la tuberculose, et implante ses labos en Grande-Bretagne, créant ainsi des emplois. Le Sud, pompe à oxygène du Nord, une nouvelle fois.

Après La Cité de Dieu, Fernando Meirelles continue de s’attaquer au sort des populations pauvres des pays en voie de développement. Dans The Constant Gardener, loin d’étaler devant nos yeux les images d’une misère que l’on connaît trop, il dénonce la corruption qui pourrit la politique et les affaires. Seul contre tous, Justin tombe rapidement le costard pour tenter de faire éclater la vérité, peut-être plus par amour pour sa femme disparue que par un réel engagement dans la cause humanitaire. Le réalisateur évite soigneusement tout manichéisme, et ne place pas son héros dans la position du justicier faisant triompher le bien du mal. Au contraire, il pose à travers Justin des questions qui taraudent n’importe quelle conscience exposée à la misère : considérant la multitude de personnes dans le besoin, à quoi cela rime-t-il de n’en aider que quelques-uns ? N’est-ce pas simplement un moyen de s’alléger de notre culpabilité ? Peut-on vraiment être efficace face aux enjeux financiers et à la corruption de ceux qui les régissent ? Non, semble dire les ONG, dépeintes dans le film comme de minuscules satellites gravitant autour du noyau véreux sans faire plus de mal qu’une piqûre de moustique. Mais oui, répond l’amour pour Tessa qui anime Justin, et qui nourrit son courage et sa ténacité. Pourtant, à aucun moment Fernando Meirelles ne tombe dans l’étalage de bons sentiments, et la fin de son film peut être interprétée de manière différente selon l’engagement de chacun.