Three times

Film taïwanais de Hou Hsiao-Hsien

Avec Shu Qi, hang Chen





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-11-2005

Durée: 2h

 

Made in Taiwan

J'étais impatient de voir ce Three Times qui, précédé d'une flatteuse réputation, était l’évidente Palme d’Or selon une rumeur entretenue. L’ayant vu, sidéré par la platitude du film, j’apprécie que le Jury ne soit pas tombé dans le piège de ce machin qui propulse HH-H au Panthéon des cinéastes surfaits où il peut tenir compagnie au fameux Wong Kar-Wai.

Il repart donc bredouille, une fois de plus, malgré six sélections au Festival où il compte, de toute évidence, des copains fidèles et obstinés. Le scénario décrit trois variations sur les rapports amoureux, sujet intéressant et éternel qui devait être confié à trois réalisateurs différents. HH-H a finalement hérité du tout. Malgré l’accueil extasié, je n’ai rien vu de sublime dans le traitement esthétisant de ce pseudo film à sketches qui s’étire durant deux heures en changeant d’époque mais en gardant les mêmes comédiens. Mademoiselle Shu Qi montre d‘évidentes capacités en passant de la gourde timide à la concubine pincée pour finir en lesbienne épileptique, mais monsieur Chang Chen, lui, nous propose le même masque lassé et inexpressif, n’évoluant que dans ses coiffures, selon qu’il incarne un troufion, un journaliste ou un motard.

Le premier sketch décrit le difficile rapprochement de deux timides sur fond de music for lovers des années soixante. La jeune fille gère une salle de billard, le jeune homme part pour l’armée. Lors d’une permission, il cherche à la revoir mais elle a changé de ville. Se retrouveront-ils ? En attendant cette rencontre, de longs mouvements de caméra s’attardent voluptueusement sur de maladroites parties de billard jouées par des figurants qui n’ont jamais tenu une queue, entrecoupées de panneaux routiers indiquant les différents villages que visite en vain le permissionnaire à la recherche de la dulcinée. L’inspiration est nettement à la traîne...

La seconde histoire se déroule en 1911 et dépeint l’exotique commerce des mariages forcés, soutenue par un piano sino-debussyesque qui accompagne ce film muet (puisque nous sommes en 1911) entrecoupé par les abondants intertitres du dialogue en chinois. On se demande pourquoi HH-H n’est pas allé jusqu’au bout du pastiche en filmant ce sketch avec des plans fixes en noir et blanc... Dans cet interminable épisode, la torture (chinoise) réside surtout dans les incessantes surimpressions de précisions chronologiques (le lendemain, trois mois plus tard, deux heures après, etc.) qui ne présentent guère d’intérêt pour le spectateur qui souhaiterait surtout voir apparaître le mot Fin.

La dernière partie est la plus redoutable, avec tous les clichés de la vie moderne (motos bruyantes, musique rock, e-mails et téléphones mobiles) destinés à bien ancrer le récit dans le contemporain et à garder éveillés les spectateurs encore présents qui se demandent, par exemple, pour passer le temps, comment les milliers d’idéogrammes chinois sont traités par le clavier alphabétique d’un ordinateur ou d’un téléphone portable. HH-H ne donne malheureusement pas la réponse. C’est dommage, on aurait appris quelque chose. Enfin, si le coeur vous en dit...