Oliver Twist

Film français de Roman Polanski
Adaptation du roman homonyme de Charles Dickens

Avec Ben Kingsley, Barney Clark, Jamie Foreman, Mark Strong, Leanne Rowe, Harry Eden,





Par Esther Castagné
 
Sortie le 19-10-2005

Durée: 2h05

 

Oliver Twist, entre passivité et innocence

Oliver est orphelin : on l'exploite, on le brime, on le troque. Sa vie est une succession de privations et de mauvais traitements jusqu'au jour où il s'enfuit. Il part pour Londres où il est d'abord recueilli par le vieux et sinistre Fagin, chef d'une bande de jeunes truands, puis par Monsieur Brownlow, qui devient son bienfaiteur à la suite d'une méprise : l'arrestation d'Oliver à cause d'un vol qu'il n'a pas commis. Mais les premiers compagnons d'Oliver ne l'entendent pas ainsi et craignent d'avoir été trahis. Ils vont donc récupérer Oliver afin de pouvoir décider eux-mêmes de sa destinée.

Dans ce film dédié à ses enfants, Polanski fait du Dickens, ce qui n'est pas bien surprenant puisqu'il adapte le plus célèbre ouvrage du romancier anglais. Mais cela explique le classicisme, voire le conventionnalisme, de son Oliver Twist. On pourrait éventuellement en déduire que le film manque d'originalité ou de cachet. On aurait tort. C'est bien Polanski qui se fond dans l'univers de Dickens, comme en témoigne l'image, la mise en scène et le cadrage. Certes cet opus serait davantage à rapprocher de Tess - qui est d'ailleurs également une adaptation comme beaucoup des oeuvres du cinéaste, telles que le Bal des vampires ou Rosemary's baby. On est ici dans la réalité la plus tragique et la plus cruelle. Nulle place pour l'au-delà ou le paranormal. On est dans l'Histoire, celle de notre héritage littéraire et culturelle, et non plus celle du témoignage comme dans Le pianiste.
Polanski sait, comme personne, recréer un climat et il nous plonge là dans la glaciale Angleterre victorienne, où les sentiments n'ont pas cours et où seuls valent les rapports de force et la violence. Echappant à la facilité, à la mièvrerie et au jugement, le réalisateur donne à réfléchir à travers ce personnage ambigu et mythique. A-t-on jamais vu "héros" plus passif ? Oliver n'est ni bon, ni mauvais, il est ce qu'on fait de lui, ce qu'on veut qu'il soit. Oliver ne se considère pas comme une victime et s'emploie à surmonter tout ce qui lui arrive. Il doit être émouvant mais en aucun cas inspirer la pitié. A l'inverse, Fagin est un vieux pervers sadique qui a toutefois un côté pathétique, contrairement à la brute redoutable et insensible qu'est Sykes. Et Polanski a su trouver des acteurs dont le physique, la gestuelle et l'allure pouvaient correspondre à l'époque et aux descriptions de Dickens. De fait, entre une interprétation remarquable et une mise en scène fidèle tant au roman de Dickens qu'au talent de son adaptateur, on oublie vite toute allégation de classicisme ou de fadeur.