Voisins, voisines

Film français de Malik Chibane

Avec Frédéric Diefenthal, Anémone, Jackie Berroyer, Fellag





Par Jérémie Kessler
 
Sortie le 20-07-2005

Durée: 1h30

 

Douce France ?

Voisins, voisines part d’un argument à la fois simple et facile. Comme il n’arrive pas à écrire les textes de son deuxième album, un jeune rappeur s’inspire d’anecdotes de son immeuble, des petites histoires de ses voisins et voisines, pour composer des nouvelles chansons. Du héros et de son CD, l’objet du film se déplace donc assez vite vers la galerie de personnages qui composent « la résidence Mozart », à la lisière d’une cité - sans en être une (c’est dit, c’est précisé).

A travers l’exemple de ses personnages, des habitants de son immeuble, le film prétend faire le tour de la plupart des grands problèmes sociaux contemporains : dans un appartement, cohabitation judéo arabe, entre une femme et son mari ; entre les étages, réunion d’un noir, d’un couple juif, d’un vieil algérien, sans nationalité française malgré son arrivée dans les années soixante, d’un clandestin pakistanais, qui ne connaît que quelques mots de français, ne paye pas son loyer, et que son propriétaire voudrait expulser, d’un gardien sorti de prison, qui souhaite « se réinsérer », et d’une française d’origine bretonne, célibataire et légèrement délurée ; dehors, enfin, roulotte dont on a expulsé les propriétaires, qu’on voudrait bien déplacer, et menace des « jeunes », dangereux, capables d’investir le hall avec leurs sales pitbulls. Voilà, selon la lente voix-off du chanteur narrateur – et selon le film lui-même – officiellement désireux de laisser au futur un témoignage probant de ce qu’aura été le début du 21e siècle, ce qui constitue un aperçu tangible de notre temps, un condensé authentique des contemporains problèmes.

Or, c’est douteux, au moins pour deux raisons. Il est d’abord difficile de croire que c’est dans une résidence si tranquille, dans laquelle la seule agression est un numéro de rap (une des meilleures scènes du film, pourtant) que se posent véritablement les questions que le film évoque. L’achat de deux bouteilles de Coca différentes dans un même foyer, l’une avec étiquette en hébreu, l’autre étiquetée en arabe, et la question du carré musulman dans lequel le riche propriétaire algérien voudrait être enterré sont des idées astucieuses mais aussi limitées qu’un hall d’immeuble. De même l’air dépité de François Berléand, le calme du rappeur, le beau regard angoissé d’Anémone et le traditionnel penchement de tête sur le côté de Frédéric Diefenthal ne pèsent pas lourd.

Comme beaucoup de films français, Voisins, voisines rate sa confrontation avec l’histoire car il la réduit trop. Les anecdotes de co-propriété, microcosme, produisent sur la banlieue et sur le monde un discours plutôt faible. A l’image de la résidence, que les habitants voudraient pourtant voir nettoyée plus efficacement, le film est trop propre. Il est trop bien rangé pour produire l’étincelle de vie qui le rendrait juste. Voisins, voisines manque en fait de distance et de lucidité. Enfermée dans la loge du gardien - qui la protège- dans le système clos de la petite comédie française (annoncé d’ailleurs par le titre), la caméra ne prend pas vraiment de risques. Or les vrais enjeux sont probablement ailleurs, dehors, où elle ne s’aventure pas, bien loin, sûrement, des réunions de copropriété. Peut-être sont ils chez Krimo, dans L’esquive, ou bien - mais posés différemment - dans la salle de judo de Douches froides. Reste que – dommage – on ignore toujours ce qu’est une cité, au cinéma.