Mischka

Film français de Jean-François Stévenin

Avec J.-F. Stévenin, Salomé Stévenin, Jean-Paul Roussillon, Rona Hartner





Par Clémentine Gallot
 

Durée: 1h52

 

Hors des sentiers battus

Après Le stade de Wimbledon de Mathieu Amalric, le nouveau film de Jean-François Stévenin bénéficie lui aussi d’un consensus favorable, voire extatique, de la critique. Pourtant, à la fin de la projection du film, il n’y eut de la part des journalistes aucune explosion de joie épileptique, mais plutôt moult soupirs de soulagement, succédant à des soupirs d’ennui. Comment, alors, expliquer ce décalage et cette unanimité qui entoure la sortie du film ? Stévenin serait-il l’incarnation d’un certain cinéma français un peu marginal (n’importe quoi pourvu que ce soit français) ? D’ordinaire, il s’agit d’un cinéma quelque peu austère, mais ici - et on ne peut que louer cet effort - ce n’est ni un film d’intellectuel ni un film pour intellectuels.

Il met en scène une énième fiction sur des " oubliés ", qui se déroule mollement le long des routes de France. Un pépé en peignoir, un infirmier bourru, une ado fugueuse et son petit frère, une ex-danseuse : il nous présente une galerie de personnages intéressants et un peu fous, en marge de la société et en fuite constante (de chez eux, d’un lieu de vacances, de l’hospice, d’eux-mêmes). Cette petite troupe se constitue au hasard des routes et se rassemble dans une même intention : fuir les chemins tout tracés. Le sujet est délicat et serait fécond si Stévenin ne parvenait à nous en désintéresser et à nous rendre indifférent le destin de ses protagonistes. Car il y a matière à évocation poétique et à légèreté, mais au lieu de cela, le film s’enlise dans un pragmatisme décevant et aligne d’interminables longueurs, au détriment du spectateur, au supplice sur son siège comme sur la sellette. On regrette également que la " beauferie " critiquée et personnifiée par le fils de J.-P. Roussillon, soit en fait au cœur même du film, à l’insu du réalisateur : le concert de Johnny Hallyday comme apothéose est bien plus qu’une simple pirouette kitsch ou une marque d’amitié entre Stévenin et Johnny

Stévenin a suivi un itinéraire classique, il a été assistant metteur en scène, acteur puis réalisateur, pourtant à la vision de son film on est forcé d’admettre qu’un bon acteur ne fait pas forcément un bon cinéaste (ce qu’on savait déjà avec Piccoli par exemple). Soyons sincère, malgré la très bonne prestation des comédiens, le souffle de chaleur humaine et d’utopie, et l’aspect documentaire, le résultat qu’il nous livre ici est incomplet et désordonné, peut-être est-ce le brouillon d’un bon film à faire.