Peindre ou faire l'amour

Film français de Arnaud et Jean-Marie Larrieu

Avec Sabine Azéma, Daniel Auteuil, Amira Casar, Sergi Lopez

Sortie le 24-08-2005
Compétition officielle Festival de Cannes 2005
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h38

 
 
   

Retraite paisible éveille les sens

William vient de prendre sa retraite et a peur de s'ennuyer quand sa femme Madeleine, peintre à ses heures, lui propose d'acheter une petite maison dans le Vercors, que lui a fait visiter dans l'après-midi même le maire du village, aveugle et fascinant. William trouve dans un premier temps l'idée absurde mais après avoir découvert l'endroit qui semble immédiatement éveiller sa libido, il se décide. Le couple de quinquagénaires recommence donc sa vie dans cette campagne déserte où il a pour toute compagnie le maire et sa femme dont les jeux sexuels intrigueront dans un premier temps ce couple qui redoute la monotonie.

Malgré des paysages magnifiques et apaisants, le film des frères Larrieu ne réussit pas à capter l'attention. On se lasse vite de ces jeux échangistes qui ont plutôt l'air de fatiguer tout le monde ; les personnages semblent agir par dépit plus que par curiosité ou perversion. Si la première partie du film peut intriguer, notamment à cause de la présence dérangeante de Sergi Lopez qui campe un aveugle qui pourrait très bien se révéler ne pas l'être et qui donne un côté Harry, un ami qui vous veut du bien au film, Peindre ou faire l'amour agace par son caractère monocorde et mécanique. Le titre semble un peu tiré par les cheveux. Il est vrai que les toiles que peint Madeleine sont à l'origine de sa rencontre avec le maire d'une part et du jeu transgressif qui va s'instaurer entre les couples à partir du moment où elle accepte de peindre Eva.
Mais peut-on vraiment considérer que ces couples font 'l'amour' ? L'échangisme est-il de l'amour ? n'est-ce pas plutôt une mode à laquelle se plient nos protagonistes pour rajeunir ou pour être dans l'air du temps et non un besoin et un souhait profonds ? Certes, ces personnages couchent ensemble mais ils le font sans sentiments, davantage par ennui, que par conviction. D'ailleurs ils avouent eux mêmes s'embêter à la fin du film, alors à quoi bon ?! On aurait envie d'habiter chez eux mais pas de vivre leur vie. Certains ont apprécié la légèreté du film, l'ont trouvé plaisant et y ont vu un divertissement fort agréable, un marivaudage moderne et champêtre ; d'autres s'y sont assoupis ou énervés (c'est selon) car ils n'ont pas réussi plonger dans cet univers lassant et lascif. Tous ont su apprécier les paysages et les décors à défaut d'y percevoir une grande inventivité stylistique et cinématographique.
Même les acteurs ne réussissent pas à nous captiver et on se demande s'ils ne s'ennuient pas eux aussi dans cette fiction, peut-être trop proche de la vie, et qui finit par partir dans tous les sens (le mariage de la fille de William et Madeleine avec un Brésilien rencontré à Rome, le couple qui vient visiter la maison et se révèle échangiste lui aussi, …). On hésitera désormais à acheter une maison à la campagne, surtout quand on vient de prendre sa retraite et qu'on est très libre…