Nordeste

Film français de Juan Solanas

Avec Carole Bouquet, Aymara Rovero, Ignacio Ramon Jimenez

Sortie le 13-05-2005
Sélection Un Certain Regard (Festival de Cannes 2005)
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h44

 
 
   

Destins croisés

Hélène part en Argentine pour récupérer le nouveau né qu'elle cherche à adopter, mais à son arrivée tout ne se passe pas comme prévu et il lui faut attendre quelques jours de plus, le temps qu'un nouveau bébé se libère. Son avocat lui conseille de partir pour le Nordeste, une région connue pour le trafic d'enfant en tout genre. Là bas, elle fera la connaissance de Juana et de son fils Martin, jeune adolescent que sa mère a du mal à nourrir et à élever seule.

Le film traite du thème épineux de l'adoption et de la complexité qu'il y a tant à faire sien l'enfant d'un autre qu'à se séparer, le cas échéant, d'un enfant qu'on ne peut pas élever dans de bonnes conditions. C'est ici deux points de vue féminins que le réalisateur met en scène : celui d'une mère qui n'a de précieux que son enfant et celui d'une femme manifestement riche et qui n'a aucun souci matériel mais qui cherche à adopter un enfant. Solanas n'explique à aucun moment pourquoi cette femme choisi l'adoption, si c'est par choix ou parce qu'elle
ne peut pas en avoir. Ce flou permet de se concentrer sur la façon dont elle envisage la maternité, fort différente de celle dont Juana vit sa maternité ou la refuse, et évite de s'appesantir sur les raisons de l'adoption et les difficultés des démarches administratives à accomplir avant d'espérer trouver l'enfant tant attendu. On constate bien entendu, à travers plusieurs scènes, le caractère parfois toujours douloureux des adoptions, mais c'est surtout l'évolution intérieure de cette femme qui souhaite à tout prix devenir mère
tout en prenant conscience de ce que cela signifie qui est intéressante.
Le personnage de Carole Bouquet (qui parle un espagnol épouvantable, mélange de diverses langues latines, avec un accent français à couper au couteau !) s'ouvre à la vie en se confrontant à un monde radicalement différent du sien. Brutalement, cette bourgeoise française aisée et probablement citadine doit se confronter à la misère de l'Argentine rurale. Misère qui favorise les dérives, comme le montrent les scènes avec Martin, en pleine croissance et qui risque à tout instant de sombrer dans le vandalisme même si l'on voit bien que c'est un bon garçon et que rien, a priori, ne l'entraîne vers cette voie, si ce n'est le sentiment de l'injustice et l'indigence. Stylistiquement, le film ne s'impose pas bien qu'il y ait de beaux paysages, qui nous dépaysent autant qu'ils dépaysent l'héroïne. Les plans s'attardent sur les personnages pour mieux saisir leurs émotions, et le caractère brut, pur et sauvage mais aussi parfois dévasté des lieux dans lesquels ils évoluent sont le reflet de la violence des rapports humains. La beauté sauvage du paysage s'allie à la dramatique pauvreté des indigènes.
En outre, la dimension tragique de ces destins est mise en relief par le naturel des acteurs, filmés sans fard ou presque et de près. Ainsi ils ne peuvent tricher ni avec leur image ni avec leurs sentiments. Si le film commence bien, il est un peu décevant notamment vers la fin et souffre de quelques longueurs. Le dénouement ouvert n'offre pas de solution satisfaisante, et semble à la fois annoncer un renoncement (si Hélène décide d'aider matériellement mère et fils et oublie son projet d'adoption) et un happy end (si elle repart avec Martin). Ainsi reste-t-on sur sa 'fin', en attente nous aussi.