Papa

Film français de Maurice Barthélemy

Avec Alain Chabat, Martin Combes, Yael Abecassis

Sortie le 01-06-2005
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h20

 
 
   

Road movie Vert

Voici le second long-métrage de Maurice Barthélemy, ex-Robin des Bois et vieux complice de Alain Chabat. Il abandonne le comique parodique de ses débuts pour tenter une comédie tendre sur la relation entre un père et son jeune fils. Papa fait toujours le pitre pour amuser Louis, 7 ans, au point que cette bonne humeur forcée (traversée parfois par des réactions de violence incompréhensibles ou démesurées) finit par lasser l’enfant. Donc, Louis a deviné que son père traîne un lourd secret.

On suppose que celui-ci l’emmène depuis Paris (plaque d’immatriculation 75 ?) vers le midi dans son gros break Volvo. Le film décrit les rapports du père et de l’enfant durant cet interminable trajet, interminable car Papa conduit à 40 à l’heure sur l’autoroute et qu’il y a deux étapes nocturnes, alors que chacun sait que la Provence est à sept heures de route de Paris. C’est d’autant plus étrange que, pour d’évidentes raisons de confort technique, l’équipe a tourné sur des tronçons d’autoroute non encore exploités, donc déserts. Devant ce vide impressionnant, où se croisent chichement deux voitures de temps en temps (celle de la script et celle du régisseur ?), on pourrait croire que les Verts ont pris le pouvoir et que Bertrand Delanoë a été élu Président de la République. Nous sommes loin des embouteillages qui caractérisaient « Feux rouges » de Cédric Kahn : c’est, évidemment, tout ce qui sépare un road-movie qui a les moyens d’un road-movie modeste. Même sur les routes de campagne, la Volvo roule pépère dans une solitude préoccupante. Autre bizarrerie : malgré cette absence notable de circulation, les hôtels sont pleins et nos voyageurs sont parfois réduits à dormir dans la voiture, sur une aire de stationnement. Comme, en plus, les nuits de Papa sont troublées par des cauchemars, on finit par se demander si nous ne sommes pas dans un rêve permanent tant ce trajet en automobile se transforme en odyssée tragique, où une simple crevaison peut aboutir dans un garage inquiétant perdu dans les brumes.

On a surtout l’impression que Maurice Barthélemy tenait un joli sujet de court-métrage et qu’il a tenté de l’étirer vers le long (non sans mal, puisque le film atteint difficilement 1h20). Pour augmenter la durée, le scénario est émaillé de détails répétitifs et inutiles pour le développement et la conclusion du récit : l’enfant photographie tout ce qui se présente, le père cherche en vain un chargeur pour son téléphone, il chante intégralement les chansons idiotes de l’auto-radio… Quant au mystère qui entoure son comportement, il se dissout platement lorsqu’il raconte son drame à une auto-stoppeuse en perdition qui disparaît aussitôt sans laisser de trace : il aurait pu aussi bien se confier à un pompiste. Ces faiblesses de scénario sont cependant compensées par la tendresse du regard que porte le réalisateur sur ses deux interprètes : le petit Martin Combes évite les pièges du cabotinage et Alain Chabat réussit, une fois encore, cet exploit de nous faire oublier qu’il joue la comédie. Bravo, l’artiste.