Va, vis et deviens

Film afghan de Radu Mihaileanu

Avec Yaël Abecassis, Roschdy Zem, Moshe Agazai

Sortie le 28-03-2004
Prix du public Festival de Berlin 2005
 
   

Par Laetitia Jacquart

 
 
   

La vie d’un film qui ne sait pas où il va

En 1984, alors que de nombreux Africains touchés par la famine ont trouvé refuge dans un camp soudanais, Israël et les Etats-Unis prennent l'initiative de rapatrier des milliers de Juifs éthiopiens vers Tel-Aviv.
Pour sauver son fils, une mère chrétienne le déclare juif et prend la lune  à témoin d'une séparation pour la vie. Adopté en Israël par une famille française, le garçon de neuf ans  apprendra à vivre à l'occidentale, et à envisager l'avenir, grâce au souvenir d'une mère qui l'attend.

L'histoire des Falachas sauvés par l'opération "Moïse" en 1984-85 était plutôt séduisante pour nous, citoyens du monde désarmés et spectateurs avides de grandes aventures humaines, cherchant à conforter notre engourdissement dans le béton. Mais cette histoire d'un petit Africain qui passe du sable dans les yeux à l'eau courante sur la peau, transporté d'un monde à l'autre par l'avion-oiseau, d'un occident qui s'empresse de chausser ses protégés de tennis blanches pour limiter sa vision du noir, cela ne suffit-il pas à évoquer la réalité d'un exil? Pourquoi nous infliger une entrée en matière soulignant le tragique de la réalité historique façon montage photo + voix off bien pensante? Le film ne s'estime-t-il pas assez fort pour s'assumer sans avoir recours à un cadrage par la réalité d'archives ?
Comme dans Train de vie, le précédent long-métrage de Mihaileanu, la caméra suit un exil qui symbolise "le combat que doit mener l'être humain pour s'affranchir de lui-même".  L'intention est humaniste, mais, voulant être une fresque, le film perd son identité. Il tombe alors dans le piège du balayage d'existence. Le héros devient, à l'école, un bouc-émissaire, un catholique qui apprend  l'hébreu pour faire oublier qu'il a les cheveux crépus, et un militant pour la paix entre Palestiniens et Israëliens. En fait, le film est en quête de lui-même et tâtonne entre dialogues épiques et musique lyrique, entre romanesque et faux documentaire. Il est pourtant généreux et a de l'intuition en plaçant la figure féminine au centre de la construction de l'identité du héros, à travers le rôle de la mère de sang, de l'adoptive (Yaël Abecassis) et de l'amoureuse. La caméra le suit dans sa quête par un cadrage souvent large qui met l'amour et la vie de son côté. Mais en l'enfermant dans le cadre par un zoom arrière final effrayant, le film doute plus que son personnage, dont l'histoire finit bien; les deux se séparent après l'expérience de l'exil, l'un a réussi, l'autre pas.