Peau de cochon

Film français de Philippe Katerine

Avec Dominique A, Philippe Katerine, Helena Noguera, Gaëtan Chataigner, Thierry Jousse...

Sortie le 20-04-2005
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h24

 
 
   

Caméra !

D’après Katerine lui-même, tel aurait pu être le titre de ce film où il découvre les possibilités formelles d’une caméra numérique en compilant des saynètes où apparaissent membres de sa famille et amis. Si son film peut ressembler de prime abord à un petit truc insignifiant fait dans son coin, un album de famille pour happy few, Katerine a le mérite de s’être posé de bonnes questions et sa croyance – peut-être excessive – au pouvoir de rendre la réalité captivante par le seul acte de filmer attire, sinon l’adhésion, du moins une certaine curiosité.

Par certains aspects, notamment sa façon d’assumer l’incursion de son auteur dans un domaine qui n’est pas le sien bien qu’il entretienne avec lui une certaine connivence (on doit à Katerine les charmantes chansons d’Un homme un vrai, insolite comédie des frères Larrieu), Peau de cochon rappelle sur le versant documentaire la démarche d’Akoibon. Sauf que là où Baer, déclarant forfait à l’avance et filmant sa déroute toute tracée, prend les choses à la légère, Katerine les prend très au sérieux et, dans un geste sincère et honnête, revendique son amateurisme tout en procédant à une recherche formelle, filmant avec liberté après s’être imposé une contrainte : le plan-séquence.

Le cinéaste en herbe introduit une pointe d’indécidable dans son dispositif, entretenant avec la réalité un rapport ambigu : est-elle enregistrée brute ou préalablement arrangée ? Les frontières se brouillent et s’avèrent obsolètes, Katerine intervenant lui-même sur ces tranches de vie. L’acte de filmer la réalité, les frontières entre documentaire et fiction – ou plutôt la mise en scène à laquelle un documentaire fait fatalement appel – se trouvent ainsi interrogés de manière subtile et efficace.

A travers douze plans-séquences inégaux, pas toujours passionnants mais jamais rébarbatifs, se rattrapant les uns les autres et gardant toujours une once d’intérêt par la fraîcheur du ton, se dessine, tant dans le geste filmique que dans le comportement et les propos des protagonistes (très enclins à déblatérer à mi-chemin entre vraie fantaisie et intellectualisme poseur), une façon d’envisager la vie – entité fragile faite de contingences et frappée par l’inexorable passage du temps –, avec fantaisie et sérieux, dérision et émotion, enfance et maturité. Une façon de mettre en scène son existence et d’en garder des traces sans jamais oublier de la vivre.