Private

Film italien de Saverio Costanzo

Avec Lior Miller, Mohammad Bakri, Tomer Russo

Sortie le 06-04-2005
Léopard d'Or et Meilleur Acteur (M.Bakri), Locarno 2OO4
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h30

 
 
   

Huis Clos

Le Silence de la mer, premier film de J.-P. Melville d’après un récit de Vercors, racontait l’impossible cohabitation d’un officier allemand, cultivé et mélomane, avec les habitants de la demeure qu’il avait réquisitionnée, durant l’occupation. Sur un schéma voisin, Saverio Costanzo nous présente son premier long-métrage qui se déroule dans la Palestine contrôlée par l’armée israélienne. L’officier mélomane est remplacé par quatre troufions qui occupent le premier étage d’une maison isolée, proche d’une colonie israélienne, obligeant le propriétaire et sa famille, qui ne veulent pas évacuer les lieux, à camper dans le salon du bas dont ils cadenassent la porte chaque nuit. Dans la journée, la vie semble normale : le père part dans sa vieille Mercedes rejoindre l’école où il est professeur, les enfants font leurs devoirs ou traînassent, la mère et la fille aînée cuisinent et étendent la lessive. Aucune relation ne s’établit entre occupants et occupés, sinon la permanente menace de la loi du plus fort. Doté d’un robuste fatalisme et adepte de la non-violence, le père s’accommode de cette insupportable situation, alors que sa femme et ses enfants lui reprochent ce qu’ils considèrent comme de la lâcheté. Le scénario est inspiré d’une famille réelle dont le réalisateur a partagé la vie durant plusieurs semaines afin d’en faire un reportage pour la télévision italienne, ce que l’armée israélienne a refusé. Devant cet obstacle, il a décidé d’écrire un film de fiction qu’il réalisé en Italie du Sud. 

Mais pour tenir 90 minutes, Saverio Costanzo s’est senti obligé de délayer cette situation tragique et de la dramatiser davantage en multipliant des scènes répétitives d’affrontement - qui n’évoluent guère - entre le père et sa famille. Même remarque pour l’absence de relation avec les occupants : malgré l’interdiction, la fille aînée se glisse régulièrement à l’étage supérieur et observe, cachée dans un placard, le comportement des soldats qui s’ennuient, souhaitent rentrer chez eux, regardent le foot à la télé et se plaignent de la violence de leur commandant. C’est une bonne idée, mais l’étendue peu vraisemblable du décor qu’elle arrive à voir à travers la fine ouverture des portes du placard nuit à la crédibilité de ces scènes, de même que l’introduction d’un faux suspense (sera-t-elle découverte ?) qui ne débouchera sur rien, comme cette grenade que l’un des fils manipule sans cesse. Décrire simplement l’absurdité de cette cohabitation était peut-être suffisant pour qu’on en mesure la cruauté. Ces quelques regrets ne condamnent pas ce film plein de qualités par ailleurs. Précisons que dans la réalité, la situation décrite dure depuis 1992 ! (ce qui est nettement plus long que la présence de l’officier du Silence de la mer.)