Palindromes

Film américain de Todd Solondz

Avec Ellen Barkin, Stephen Adly Guirgis, Jennifer Jason Leigh, Richard Masur, Debra Monk

Sortie le 09-03-2005
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

La vie d'Aviva

Todd Solondz persiste dans la description de cet univers d’obsédés sexuels et de pédophiles qu’il affectionne et dont Happiness reste, selon moi, son oeuvre la plus aboutie. Ces portraits d’hommes et de femmes aux prises avec des névroses diverses et impopulaires rendent son entreprise difficile d’accès car il faut une bonne dose de tolérance ou d’humour noir pour admettre de plain-pied ces étranges rapports hommes/femmes ou parents/enfants dont il fait son miel.

Précisons d’entrée que Palindromes est le plus opaque des quatre films de ce réalisateur, puisqu’il en brouille les pistes à plaisir. Aviva, prénom palindrome de l’héroïne de douze ans, est incarnée par 8 actrices différentes qui alternent de façon aléatoire le long de ce récit, allant de la petite blonde à Jennifer Jason Lee en passant par des brunes, des rousses, des noires, des maigres ou des obèses. Je ne connais qu’un autre exemple d’actrices alternatives  : Cet obscur objet du désir où Luis Buñuel faisait partager le même rôle à Carole Bouquet et Angéla Molina, brillante idée justifiée par les visions contradictoires qu’avait Fernando Rey de cette même femme. Par contre, les raisons de ce «polycasting» ne semblent guère évidentes dans le cas de Palindromes.

Sous ses différentes apparences, la petite Aviva n’est habitée que par une idée obsessionnelle : elle veut un bébé et s’en fait faire un par un petit voisin. Panique des parents devant la grossesse de la gamine. La mère (juive) essaie en vain de la raisonner et, affrontant une manif’ d’intégristes catholiques, la traîne de force dans la clinique du Dr Fleischer qui loupe l’avortement et stérilise définitivement Aviva. La famille n’en demandait pas tant !... Pris à contre-pied, le spectateur s’interroge sur le sens du message.

D’autant plus, qu’Aviva (sous la forme d’un obèse noire de 150 kilos) arrive dans une sorte de fermette peuplée d’enfants diversement handicapés (aveugle, enfant tronc, débile mental, naine, épileptique, manchot intégral, etc.) qui semblent l’incarnation du bonheur de vivre et chantent joyeusement des cantiques sous la férule de la très chrétienne Mama Sunshine : on se croirait dans Freaks revu par Tim Burton. Le spectateur se pose à nouveau des questions sur le sens ambigu de cette fable car, finalement, cette famille d’accueil fondamentaliste se montre bien plus généreuse devant le malheur que la mère d’Aviva. Et lorsque les Sunshine commanditent l’assassinat du maladroit Dr Fleischer avec la complicité de sa petite victime, on n’arrive plus à doser la possible part d’humour «libéral» qui justifierait ce récit équivoque.

Par contre, que l’on soit Républicain ou Démocrate, la sodomie reste pour Todd Solondz la seule arme contraceptive efficace : voilà au moins un message clair qui restabilisera le spectateur troublé. Muni de ces quelques clés, vous pouvez tenter de vous aventurer dans l’univers de ce réalisateur qui semble de plus en plus obscur.