Stage beauty

Film américain de Richard Eyre

 
   

Par Laurence Bonnecarrère


Durée: 1h47

 
 
   

1660, année érotique

Au 17ème siècle en Angleterre les personnes du sexe faible ne sont pas autorisées à jouer la comédie. Ce sont donc des hommes qui interprètent les rôles de femmes. L'un d'eux, Ned Kynaston, est une star adulée tant pasr ses potentielles rivales féminines que par les beaux messieurs.

Stage beauty, qui s'inpire de ce personnage réel, raconte l'histoire de la déchéance puis de la réhabilitation -in extremis- de ce comédien un brin narcissique qui fut mis sur la touche par un décret du roi autorisant les femmes à monter sur les planches. On peut difficilement imaginer sujet plus prometteur: un homme emprunte l'identité d'un femme, se prend au jeu, tombe amoureux de lui-même... en femme. Est-il épris de la partie féminine de lui-même ou bien est-il une femme en transit dans un corps ambigu, ou bien encore un homme qui aime les femmes, sans être insensible aux hommes pour autant ? Les péripéties du scénario nous donnent l'occasion d'explorer toutes ces pistes dans un registre plus paillard que métaphysique.

Le héros-héroïne est présenté comme une créature sublime, irrésistible, mais le jeune acteur, crispé, grimé et grimaçant, ne convainc guère en diva, et l'on ne comprend pas très bien ce qui fait succomber son ambitieuse rivale (l'excellente Claire Danes). Pour finir, même si le réalisateur exploite la veine truculente ad nauseam, l'effet "Tom Jones" n'est pas au rendez-vous. Tourné dans une Angleterre elizabéthaine en carton pâte, le film verse sans ambages dans la pochade sentimentalo-grivoise, à mi-chemin entre Jet set et Shakespeare in love. En résumé, comme le souligne le héros avec beaucoup d'à propos : «On n'est rien sans la beauté. Car en dehors de la beauté, il n'y a rien.»
Ne partez pas avant la fin: la dernière scène d'Othello jouée par les deux comédiens dans un style moderne, naturaliste, est superbe.