Neverland
Finding Neverland

Film américain de Marc Forster
Adaptation de la pièce Alan Knee 'The Man Who Was Peter Pan'

Avec Johnny Depp, Kate Winslet, Dustin Hoffman, Julie Christie

Sortie le 23-02-2005
Sélection officielle Hors Compétition Festival de Venise 2004
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h41

 
 
   

Au pays de l'imagination

Londres, début du XXe siècle. L'écrivain J.M. Barrie assiste à la représentation de sa dernière pièce qui est loin d'être un succès pas plus que son mariage d'ailleurs. Devant un tel fiasco, le directeur du théâtre Charles Frohman lui commande une nouvelle pièce . C'est grâce à sa rencontre avec Sylvia Llewelyn Davies et ses quatre fils qu'il va retrouver l'inspiration et avoir l'idée du génial Peter Pan. Entre eux va naître une amitié chaste mais qui ne tardera pas à faire jaser, mais ils se battront pour leur aspiration commune à entrer dans le Pays de Nulle Part.

Malgré une parfaite inexactitude des références historiques (J.M. Barrie qui était dans la réalité un homme disgracieux d'un mètre cinquante est interprété par Johnny Depp par exemple), ce film bénéficie d'acteurs exceptionnels : Johnny Depp est tout à fait convaincant en adulte éternellement enfantin, on se demande même comment il réussit à avoir l'air si jeune ; Kate Winslet offre un jeu subtil et retenu à cette femme malade et courageuse. Les apparitions de Dustin Hoffman en Frohman sont tout aussi probantes que la méchante mère de Sylvia dont on apprend qu'elle a inspiré à Barrie le personnage du Capitaine Crochet incarné par Julie Christie. Le personnage de Peter, enfant autiste et désagréable, peut agacer, contrairement aux trois autres garçons éminemment sympathiques. Mais le réalisateur Marc Forster se charge de ne jamais accabler totalement ses personnages qui finissent toujours par se racheter. Pour cette absence de réalisme et une certaine mièvrerie, on peut critiquer le film. Mais si on accepte le côté conte de fées, l'aspect kitsch des décors ne gêne pas plus que les grands sentiments dont font preuve les personnages, ni que leur sensiblerie.
Comme le public guindé du Théâtre londonien qui apprécie Peter Pan grâce à la présence d'enfants (orphelins évidemment, mais quelle importance au fond ?) dans la salle, il nous faut à nous aussi accepter cette fable pour enfants telle qu'elle se donne, sans rechercher la vraisemblance ou l'analyse psychologique. Pour se laisser prendre au jeu, il faut – accepter de – redevenir enfant l'espace de deux heures et plonger à notre tour dans l'univers fabuleux du monde de Peter Pan et du Pays de Nulle Part, c'est-à-dire dans celui de nos rêves d'enfants sans, pour une fois, nous laisser rattraper par la raison et la rationalité, qui depuis toujours mettent fin aux croyances et aux espérances naïves mais merveilleuses de l'enfance.