Neverland
Finding Neverland

Film américain de Marc Forster

Avec Johnny Depp, Kate Winslet, Julie Christie, Radha Mitchell, Dustin Hoffman

Sortie le 23-02-2005
Sélection Venise 2004 (H.C.)
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h41

 
 
   

Au début, on craint le pire. Décor : Londres en 1900, calèches sur les pavés mouillés, décors somptueux, figurants calamistrés en costumes d’époque, tous les ingrédients du film académique semblent réunis pour un remake de Mary Poppins ou de Jack l’éventreur… Mais l’histoire que va nous conter Marc Forster échappe rapidement aux poncifs que l’on pouvait redouter.

La dernière pièce de James Matthew Barrie, romancier et auteur dramatique adulé, est un flop et le public glacial quitte le théâtre en rasant les murs. Pour oublier cet échec, J.M. Barrie, délaissant une fois de plus sa ravissante épouse Mary, va promener son chien à Kensington Gardens où il rencontre une jeune veuve, Sylvia, mère de quatre jeunes garçons qui vont le fasciner. Il fait le pitre pour eux, invente des jeux, des contes fantastiques et devient indispensable à cette petite famille dont il partage de plus en plus la vie. Les gens jasent, bien que Barrie n’ait qu’une relation amicale et chaste avec Sylvia (avec sa femme, Mary, aussi puisqu’il préfère partager le lit avec son chien !) On le soupçonne aussi de s’intéresser plutôt aux petits garçons, comme Lewis Carroll s’intéresse aux petites filles. La délicate interprétation de Johnny Depp, lunaire et poétique, écarte ces visions malveillantes et privilégie l’état d’enfance prolongée qui caractérisait Barrie : il ne voulait ni vieillir, ni grandir (il mesurait d’ailleurs 1 m 50) et déclarait : « Rien de vraiment intéressant ne nous arrive après douze ans ». C’est ainsi que, inspiré par les enfants de Sylvia, il va écrire Peter Pan, sorte d’autoportrait, qui connaîtra le succès que l’on sait.

Cette biographie, aux allures de conte, est inspirée d’une pièce d’Allan Knee, The Man who was Peter Pan. Marc Foster en a tiré un film élégant et émouvant, évitant les pièges du mélo, et traversé par les fugaces images mentales de l’imagination créatrice d’un auteur qui transformait la réalité en féerie. La qualité des comédiens contribue à faire de Neverland un spectacle qui aurait dû être idéalement programmé pour les fêtes de Noël.