The Edukators
Die fetten Jahre sind vorbei

Film allemand de Hans Weingartner

Avec Daniel Brühl, Julia Jentsch, Stipe Erceg...

Sortie le 02-02-2005
Cannes 04 - Sélection officielle
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 2h04

 
 
   

La révolutionnaire attitude

L’idée de départ du film (jeunes, révoltés par la société mais refusant la violence, les héros s’offrent des pics d’adrénaline en s’introduisant chez les riches pour changer la déco et laisser un petit mot inquiétant) est plutôt amusante. Malheureusement énoncée avec une certitude et un sérieux assez grotesques, elle est en outre empreinte d’une prétention à « éduquer » tout bonnement détestable. Peu subtil politiquement et maniant sans inventivité la DV à l’épaule (manière qui constitue d’ores et déjà une base solide aux nouveaux avatars naturalistes de l’académisme), Weingartner se plante donc en beauté.

Lors d’une échappée à la montagne où les ravisseurs se mettent à sympathiser timidement avec leur victime, gros porc capitaliste a priori antipathique, ce dernier acquiert une dimension assez touchante, voire une portée tragique. Sentant le personnage lui échapper, le réalisateur tente alors de le rattraper et, sous couvert de constat désabusé (attention, phrase qui tue : « certaines personnes ne changent jamais »), lui inflige un retournement final télescopé – voire arbitraire et malhonnête. Au passage, il s’offre un trick pathétique destiné à flanquer une dernière petite fausse frayeur au spectateur avant le générique.

S’engouffrant dans la brèche du « film allemand politique grand public » ouverte par Goodbye Lenin (dont il reprend l’acteur principal, le mignon Daniel Brühl), The Edukators est loin de la baffe qu’il voudrait infliger à la conscience politique du spectateur. Le cri probablement sincère d’une jeunesse révoltée se présente sous la forme d'un produit sympa pour spectateurs de MTV et auditeurs du Mouv’. Entre Michael Moore pour le simplisme du discours et Kyo pour sa rebelle attitude calculée (ses protagonistes sont d’insupportables djeun’s bien cool, qui recyclent sur le ton de l’aphorisme bien senti les poncifs du discours anticapitaliste non-violent), The Edukators se mord la queue et s’avère assez inoffensif.