Prendre femme

Film israëlien de Ronit et Shlomi Elkabetz

Avec Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Gilbert Melki

Sortie le 26-01-2005
Prix de la critique - Prix du Public Semaine de la critique Festival de Venise 2004; Prix d'interprétation féminine Festival de Jérusalem 2004; Mention Spéciale du Jury « Hamburg Film Critics Award » Festival de Hambourg 2004; Prix du meilleur acteur Festival International de Thessalonique 2004;
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h37

 
 
   

Dans l'Israël traditionaliste de la fin des années 70, on suit, durant les trois jours qui précèdent le shabbat, la vie quotidienne de Viviane, une femme, qui souhaite quitter son mari et se libérer des chaînes qui l'emprisonnent dans un rôle d'épouse soumise. Désormais étrangère à son mari Eliahou, juif intégriste qui s'enferme dans un mutisme glaçant, cette mère de famille entrevoit une possibilité de liberté  quand réapparaît Albert, peut-être le seul homme qui l'aime vraiment. Il l'a cependant déçue jadis.

Les deux cinéastes israéliens s'inspirent ici de l'histoire de leur mère pour peindre ce portrait de femme passionnée qui aspire à l'émancipation. Contrainte par le poids de la tradition et sensible à son devoir de mère, elle fera la choix de lutter jusqu'au bout au sein du foyer familial et de lui sacrifier son bonheur plutôt que d'agir égoïstement et de tout quitter sans se retourner. Ce sens de l'abnégation confère une dimension tragique au film qui n'est pas sans rappeler les classiques. Cette même violence existe chez Viviane dont la vie est un perpétuel cri de douleur. Les pleurs de Ronit Elkabetz en sont témoins; sa voix, rauque et caverneuse, nous rappelle constamment celle de Magnani dans La Voix humaine de Rossellini, inspirée de l'oeuvre de Cocteau. D'ailleurs, la vedette d'Alila a le charisme de ces grandes actrices méditerranéennes; elle en a aussi la force. La première scène la montre en proie à ce monde d'hommes  qui bénéficient d'un pouvoir  ancestral même si le vrai pouvoir, ce sont les femmes qui l'ont. Mais jamais elles ne doivent le montrer ni placer les hommes en situation de faiblesse. Il faut attendre la dernière séquence du film pour entrevoir une lueur d'espoir. Espoir de changement, de prise de conscience… Rappel, dans le regard embué de larmes du mari, de celles de sa femme – mêlée du reste à un sourire – quand elle quitte son "amant" et choisit le devoir plutôt que le sentiment et l'amour. Le récit semi-autobiographique bénéficie, en plus de son authenticité, d'une fluidité de rythme et d'un casting exceptionnel, récompensé par divers prix d'interprétation. Les réalisateurs arrivent à saisir avec sensibilité, distance et humour (parfois), les passions qui tourmentent cette femme pour donner naissance à un drame poignant.