Matrubhoomi - Un monde sans femmes
Matrubhoomi

Film indien de Manish Jha

Avec Tulip Joshi, Sudhir Pardey, Piyush Mishra

Sortie le 26-01-2005
Interdit au moins de 12 ans ; Prix Fipresci de la critique internationale à la Mostra de Venise 2003, Prix du public au Festival de Thessalonique 2003 et Prix de la critique internationale au Festival du cinéma asiatique de Deauville 2004
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h38

 
 
   

Un monde de brutes?

Dans certains villages indiens, la discrimination sexuelle est si forte qu'il n'y a plus une seule femme survivante. Les hommes se trouvent alors pris à leur propre piège, en proie à leur pulsions irrémédiablement insatisfaites; ils sont condamnés au célibat. Tous cherchent désespérément une épouse. Finalement, après des années d'efforts et moyennant une importante somme d'argent, Ramcharan, grâce au concours d'un prêtre à tendances homosexuelles, se procure l'unique jeune fille de la province, Kalki. Celle-ci se retrouvera mariée non pas à l'aîné des fils mais aux cinq enfants du riche acquéreur qui profitera lui-aussi des charmes de la belle. Seul le fils cadet saura procurer du réconfort à l'épouse continuellement violentée .

Manish Jha dresse ici un portrait impitoyable de l'Inde traditionaliste qui, en sacrifiant systématiquement toutes les filles à leur naissance, fait face, encore à l'heure actuelle, à un déficit empêchant le renouvellement de la population. Les habitants, composés d'une population exclusivement masculine, se voient contraints au célibat, et ne pouvant satisfaire leurs désirs, ils n'en deviennent que plus agressifs et inhumains. Le traitement infligé à Kalki après qu'elle a tenté de s'échapper témoigne tant de la place de la femme, reléguée au rang
d'objet, dans ces sociétés que de la brutalité qui caractérise ces hommes  frustres. Aucune classe sociale n'est épargnée : au viol collectif et incestueux infligé par la belle-famille fait écho le viol collectif organisé par le peuple, en guise de représailles. Si la femme bafouée redevient une sorte de divinité à l'approche de la maternité, chacun sait que ce statut sera éphémère et que le sort de l'enfant dépend encore et toujours de son sexe, comme si la punition qui leur est infligé chaque jour ne suffisait pas pour que ces hommes comprennent
leur erreur. Dans ce monde de brutes, les seules esquisses de douceur et de civilisation viennent de Kalki et des jeunes gens (le fils cadet et les deux serviteurs adolescents), mais les tentatives de fuite sont toujours vaines et ne font qu'aggraver la situation de la jeune femme. Elle devient à la fois la cause et le point de mire de toutes les rivalités et de toutes les haines. Sa fragilité et son impuissance font d'elle le souffre douleur, sans qu'elle puisse lutter de
quelque façon que ce soit puisque elle se heurte même à l'incompréhension de son père lorsqu'elle tente de l'appeler à l'aide. Le réalisateur dépeint un monde impitoyable avec une grande sensibilité. Le film bénéficie en outre d'une lumière et d'une photographie d'une pureté qui contraste avec la violence du sujet. L'actrice séduit par son jeu et son incontestable beauté, mise en valeur par sa grâce naturelle et par l'élégance de ses saris ; les acteurs, quant à eux, servent fidèlement leurs rôles de personnages méprisables. Enfin il faut mentionner une
musique exceptionnelle, qui renforce la caractère dramatique de cette histoire poignante malheureusement inspirée de faits réels.