Vera Drake

Film anglais de Mike Leigh

Avec Imelda Staunton, Phil Davis, Alex Kelly, Daniel Mays

Sortie le 09-02-2005
Lion d'Or et Prix d'interprétation féminine à la Mostra de Venise 2004, nomination aux Oscars du meilleur réalisateur et de la meilleur actrice
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 2h05

 
 
   

Enquête sur une citoyenne au-dessus de tout soupçon

Dans la Londres populaire des années 50, Vera Drake mène une paisible existence. Cette brave, chaleureuse et dévouée femme de ménage est heureuse parmi les siens, son mari Stan et  ses deux enfants, Sid et Ethel. En plus de son travail officiel, elle aide, dans le plus grand secret, des jeunes filles à avorter. Naïvement, elle croit son action bénévole et sans danger, mais lorsqu'un jour l'une d'elles est hospitalisée presque mourante, la police vient chercher Vera à son domicile.

Mike Leigh dépeint ici avec justesse et sensibilité le portrait d'une faiseuse d'anges innocente, qui cherche avant tout à atténuer les peines et les souffrances d'autrui. On devine que c'est à la suite d'un traumatisme personnel qu'elle a commencé à pratiquer des avortements pour aider celles qui sont dans le besoin et ne peuvent se permettre, pour une raison ou une autre, cette grossesse. On peut diviser le film en deux parties distinctes et complémentaires: la première permettant de présenter les personnages et de les inscrire dans un contexte social particulier est traitée sur un ton assez léger, tandis que la seconde montrant les dégâts causés involontairement par cette médecine improvisée revêt une tonalité plus grave et dramatique. Mike Leigh réussit à éviter tout manichéisme; il montre la difficulté qu'il y a à se prononcer sur la question de l'avortement et sur la culpabilité de Vera. Il traite aussi de la complexité des rapports familiaux et plus spécifiquement des rapports parents-enfants. La réaction brutale du fils qui en veut à sa mère pour ce qu'elle a fait, pour les «crimes» qu'elle a commis, ne s'explique pas uniquement par le climat puritain et moralisateur de la Grande Bretagne de cette époque. Sim en veut aussi à sa mère qui, par son action, remet en cause le désir d'enfant, et implicitement le désir qu'elle a eu d'en avoir ou de ne pas en avoir. Les hommes sont d'ailleurs souvent dépeints comme des brutes qui ne pensent qu'à satisfaire leurs pulsions sans se préoccuper des conséquences que leurs violences peuvent entraîner. A l'inverse, Stan, le fiancé d'Ethel et le frère de Stan se caractérisent par leur extrême prévenance et leur  douceur. Ils se montrent sensibles, attentifs et présents même au moment de l'arrestation de Vera.
Ce plaidoyer pour la tolérance et l'avortement est loin de relever de la propagande. Certes, la tonalité politico-sociale présente dans la plupart de films de Leigh demeure mais, comme d'habitude, le message est relayé par de véritables qualités cinématographiques et par le jeu exceptionnel d'Imelda Staunton, qui a déjà reçu pour ce film le prix d'interprétation à la Mostra de Venise et qui est en lice pour l'oscar de la meilleure actrice. Enfin, la manière dont Leigh réussit à traiter brillamment ce sujet délicat justifie pleinement qu'il ait remporté le Lion d'Or à Venise.