Terre promise
Promised Land

Film israëlien de Amos Gitaï

Avec Anne Parillaud, Hanna Schygulla

Sortie le 12-01-2005
Interdit au moins de 12 ans
 
   

Par Jérémie Kessler

 
 
   

Ironie

Attention, dénonciation. Huit jeunes femmes sont vendues par des bédouins pour être prostituées dans un hôtel au bord de la mer Rouge. Ombres chinoises, chameaux, désert, lumière sombre et diffuse, puis scène de viol, et mouvements de caméra: les premières images sont révélatrices de l’esthétique du film, qui oppose violence et vitalité du plan.

Contre la transformation progressive des jeunes femmes capturées en objets, évitant de s’apitoyer, le film construit un espace visuel qui oblige les actrices et les personnages à vivre et se sauver de la honte qui les menace. Il met en scène la lutte des jeunes femmes contre la possibilité pathétique de déshumanisation. La caméra les maintient au bord du gouffre, mais les conserve dans leur existence filmique. Non, ces femmes ne seront pas des accessoires, elles resteront personnages. Le film, d’abord, donne à voir des espaces troubles, des non-lieux – désert, route, ville, salle d’hôtel. Les éléments, agglomérés, trouvent leur force dans l’association de couleurs et de lumières qu’ils produisent. Ajoutés à cela, les mouvements de caméra engendrent une sorte de surenchère esthétique, qui met en valeur la neutralité de ces espaces, et permet aux personnages de les habiter.

La plupart des scènes sont longues. C’est dans cette durée même qu’elles trouvent force et consistance.  L’ échange télépathique, entre deux jeunes femmes – une des prostituées et une voyageuse trouble, qui aurait peut-être pu les sauver – à la fin du film, oscille entre longs plans sur les deux personnages côte à côte, qui parlent parfois, muettes souvent; et des bribes d’images, visions des femmes transformées en «objets», ou d’un choeur chantant l’union dans Jérusalem. Par la pensée, par le regard, les personnages s’échappent: à travers ces fantasmes, ces souvenirs, échanges télépathiques et magiques. Or il s’agit, pour le cinéaste d’un pays en guerre, d’ un véritable discours idéologique et politique. C’est un attentat qui permet finalement à la prostituée de s’échapper, de recouvrir – enfin – sa poitrine, et crier «je suis libre». De l’oppression à laquelle on résiste - tant bien que mal - par la pensée, on est sauvé par les bombes. Ces flammes absurdes, inattendues, sont les seules libératrices possibles. Alors où est la terre promise? Plus en Israël. Dans la voiture piégée?…

De son titre à son dénouement, ni pessimiste, ni vraiment optimiste, le nouveau film d’Amos Gitaï est en fait profondément ironique.